Hommages & témoignages

Récit du voyage du souvenir effectué en 2008

LUMIERE DES SOUVENIRS

En souvenir d’un grand père et d’un père
(C.J.) Au moment d’écrire ce compte-rendu
il m’apparaît difficile de trouver un point de départ à ce voyage. Les idées affluent, les souvenirs remontent à la surface mais me semblent brumeux. Je cherche au fond de ma mémoire les images
de mon premier voyage en Pologne, alors âgée
de 11 ans. Papa avait émis la volonté de nous emmener là où notre grand-père avait été prisonnier mais aussi en profiter pour nous conduire à Auschwitz, au Stuthof, à Ravensbrück. Un voyage dans le temps en quelque sorte qui nous ramenait 60 ans en arrière.
Aujourd’hui, lorsque je cherche à m’y replonger ce ne sont que des images éclairs qui me passent par la tête :

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    <td width= 31 mai 2008 : Oflag IID Gross-Born
Devant la croix de la chapelle du block IV

une rue, un lac, un ciel sombre lors de la visite du camp de la mort et un sentiment de panique au Stuthof.
La vérité historique est brutale. A travers mes yeux d’enfant je ne sais pas si j’ai réussi à tout comprendre, j’étais uniquement dans le ressenti. Puis, les années se sont passées et j’ai grandi en voyant les recherches
de papa devenir de plus en plus fructueuses, la naissance du site Internet, les relations avec les polonais devenir plus fortes. Je continuais quand à moi mon petit bonhomme de chemin, passant des examens...
la suite logique des choses en somme. Ce n’est que cette année, à l’âge de 19 ans, que je décide de refaire ce bond dans le passé, ce voyage sur les traces du souvenir afin de redonner un sens aux rares images qui me restent présentes à l’esprit. C’est aussi le moment de voir de manière concrète l’aboutissement des recherches de papa. Les billets sont donc réservés pour un nouveau voyage.

(L.P.) Magdalena (KRUK, qui travaille au musée des prisonniers de LEBOWICE - OPOLE dans le sud ouest de
la Pologne, qui est venu nous rencontrer au cours de ce week-end car elle doit écrire un article sur l’Oflag IID-IIB), découvre sur la toile l’homélie écrite pour mon père lors de son enterrement où il est question de son passé d’officier prisonnier à Gross-Born. Elle m’écrit, à la recherche de documents du passé, pour un article sur cette époque. Concours de circonstance, hasard de la vie, signe des dieux, nul ne saurait dire... Voilà quelques années, je m’étais intéressé au passé du prisonnier (gefangener nummer 668) : mon père. J’avais lu les écrits de Georges Hyvernaud (la peau et les os, carnet d’oflag, le wagon à vaches) et le commandant WATRIN d’Armand Lanoux.
La noirceur des écrits m’avait alors rebuté, j’avais volontairement effacé cette période de l’histoire de ma mémoire. Ce courriel a réveillé ma curiosité. Internet est disponible, une simple recherche me conduit sur un site que je dévore des yeux. Tout y est, tout ce que me racontait papa est écrit dans le moindre détail. Une rubrique des officiers
est accessible. A la lettre P, son nom est inscrit mais le prénom enregistré est son deuxième prénom.
Il est possible d’écrire, c’est déjà fait. La réponse est immédiate : Etienne JACHEET me répond et avec une grande ouverture d’esprit, accepte de correspondre avec moi par téléphone. Son numéro commence par quatre chiffres identiques au mien. Je n’y tiens plus j’appelle. Etienne est un voisin, plus un client. Le contact est établi, il organise
un voyage du souvenir sur les lieux de captivité de papa dans un mois. Vingt quatre heures de réflexion suffisent. Nous sommes déjà dans l’avion, ma femme et moi.
Lumière des souvenirs.

Berlin
(L.P.) Nous arrivons à Berlin Schönefeld par un grand soleil, une escadrille d’avions anciens évoluent en piqué
au dessus de nos têtes, difficile de ne pas penser aux Stukas de la Luftwaffe et à Guernica.
Etienne nous conduit déjà vers le centre de Berlin. Arrêt devant le Reichtag, j’imagine l’incendie du 27 février 1933
et les conséquences qui en découlèrent. Porte de Brandebourg, symbole de la libération de Berlin par les Russes,
la tour de télévision. Les images du film de Florian HENCKEL et d’Ulrich MÜHE me hantent.
Un allemand joue au soldat russe pour récolter quelques euros. Le souvenir de la chute du mur est ravivé
dans ma mémoire. Il est là devant mes yeux, matérialisé par une bande de pavé double qui traverse la rue.
Les images de mon livre d’histoire défilent dans ma tête.

Grünberg
(C.J.) Cette bergerie je l’avais déjà vue et pourtant elle ne se rappelle pas à moi. Elle reste présente dans
l e souvenir de maman qui tente de raviver ma mémoire mais l’écran reste noir et les souvenirs se terrent.
C’est donc avec un regard neuf que je vois ce lieu qui m’apparaît paisible, invitant à la rêverie.
L’activité agricole suit son cours et un homme passant non loin de nous nous regarde curieusement ou peut-être avec méfiance, se demandant sans doute ce qu’une ferme peut avoir d’attrayant pour des "touristes".
Sans connaître l’histoire de cet endroit j’aurai certainement encore plus de mal à imaginer cette soirée
du 5 février 1945 qui vit passer ces prisonniers. Ce qu’écrit mon grand-père à ce propos est bref et la concision des phrases laisse deviner l’épuisement : "22 km. Repris autostrade...vers PRENTZLAU. Arrivée à la bergerie (GRüNBERG). Bonne soupe. Touché du rab par un "posten". Couché dans le foin. Goulache."

(L.P.) La traversée de l’ex RDA, nous conduit à Grünberg petit village impersonnel de l’Allemagne sauf que...
pour moi c’est le symbole du calvaire des prisonniers condamnés à une marche forcée qui conduira papa à cinq cents trente kilomètres du IIB, camp d’Arnswalde. Une phrase me résonne aux oreilles, celle d’Henri Guillaumet
au sortir de son calvaire des Andes (Vol de nuit, St Exupery) : "ce que j’ai fait, aucune bête ne l’aurait fait".
La cour de ferme est envahie par du matériel agricole, le tas de fumier pour les latrines a disparu, la pluie et la boue sont absentes, mais ça sent le "feldwebel". Les bâtiments sont grands, mais étriqués pour une colonne d’un millier d’hommes. Comment ne pas se souvenir des propos de mon père, qui s’échappait la nuit au risque de sa vie,
pour aller chercher un bout de lard auprès d’une "lehrerin" qu’il remerciait encore hier...
En repartant, nous retrouvons les tas de bois des paysans, traces persistantes du passé, symbole de culture
et de tradition traversant les siècles : "j’admirais leur manière d’entasser les morceaux en rayons, comme du blé, pour former des sortes de meules rondes protégées par un cône surbaissé". (Louis Francis, Jusqu’à Bergen)


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1er juin 2008 Oflag IID de Gross-Born, un second cimetière Russe à 1 km de l'Oflag

31 mai 2008 : Les tombent Russes qui se trouvent devant la limite de l'Oflag IID 31 mai 2008 : Vestiges des barblelés devant la croix érigée en 2004 de la chapelle du block IV

Gross-Born
(C.J.) Je regarde les photos de notre premier voyage dont certaines ont été prises à Gross-Born.
La nature est telle que celle que j’ai retrouvée, les herbes hautes ont envahi ce qui constituait autrefois le camp et des arbres bordent le chemin. En retournant sur les lieux je vois les avancées des démarches de papa
et les fruits de la collaboration entre français et polonais. Les lieux sont à la fois tels que je les ais quittés et aussi différents. Je retrouve ainsi le monument installé par les polonais, que nous découvrions lors de ce voyage
en famille mais découvre également la plaque commémorative. Notre petit groupe s’enfonce dans la forêt,
nous restons attentifs aux explications de papa. Autour de nous la nature a repris ses droits et,
comme une revanche sur le passé, tente d’effacer ce qui, hier encore, niait toute forme de liberté.
Il m’est difficile d’imaginer des baraques à la place de tout ces arbres, imaginer la vie ou plutôt la survie
des prisonniers... Passé et présent se mêlent et se retrouvent en ces lieux.

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31 mai 2008 : Oflag IID de Gross-Born,
explication devant le monument érigé en 1998
par nos amis Polonais de l'AK

1er juin 2008 Oflag IID de Gross-Born,
monument à la mémoire du Lieutenant
André RABIN et des officiers décédés
lors de leur captivité.

1er juin 2008 Oflag IID de Gross-Born,
dépot d'une gerbe devant le monument

(L.P.) Tout petit, avec les yeux naïfs de l’enfance, Gross-Born m’évoquait inévitablement les milles bornes du jeu
du même nom. Gross-Born, mon père m’a toujours situé ce camp entre Schneidemühl, et Stettin.
Ces noms me semblaient venus d’une autre planète, d’une autre époque. Mais les milles bornes existent bel et bien
et même plus entre son Auvergne natale et ce lieu sinistre d’internement. L’isolement était total. En réalité, je pense maintenant que papa était incapable de le situer de manière précise car il n’en a connu que la même porte d’entrée
et de sortie à vingt trois mois d’intervalle. Gross-Born c’était pour moi la résonance de noms tels que : la fouine, pipperminth, gédéon, tous gradés de l’Abwehr. Papa s’amusait à me raconter leur crédulité mais aussi leur cruauté. Le premier contact avec le camp est difficile...soleil bleu, lupins au bord des chemins. La présence de quelques pavés et les explications d’Etienne permettent à mon imaginaire de reprendre le dessus, la nature a tellement recouvré
ses droits, la forêt est omniprésente. Il faut pénétrer plus avant et fouiller le sol pour retrouver la présence du camp, les traces des baraques, les restes de lavabo. Le tour complet du camp nous permet de comprendre la topographie des lieux, la nature du sol et du sous sol, et par là même le pourquoi des évasions possibles par le biais des tunnels. La présence de quelques croix, à proximité des limites du camp m’expliquent les dires de papa sur ces rondelles
de saucisson lancée par dessus les limites du camp aux russes tirant les charrettes de leurs morts avant de tomber eux mêmes d’épuisement et de finir de la même façon que leur compatriotes. C’est par les écrits de l’abbé FLAMENT et son plan contenu dans sa thèse que je peux imaginer l’Oflag IID le block III, la baraque 16.
Soixante six années sont passées, dame nature a presque tout effacé. Enfermé comme du bétail, mon père s’est toujours senti "moins cloîtré" dans ce premier camp sans doute du fait de la nature toute proche,
et de par les activités intellectuelles qu’il a pu avoir : "le savoir rend libre".

 

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2 juin 2008 : Oflag IIB de Arnswalde,
Dépot de gerbe par Cyrielle JACHEET
devant le monument à l'entrée de l'Oflag

2 juin 2008 : Oflag IIB de Arnswalde,
Le groupe des 7 français membres
de 4 familles de prisonniers au cour
de la minute de silence

2 juin 2008 : Oflag IIB de Arnswalde,
Le monument et la garde d'honneur

Arnswalde
(C.J.) "Au moment où le récit commence (29 janvier 1945) je suis prisonnier à Arnswalde, en Poméranie,
à 80 km au sud de Stettin. Nous avons été transférés là en mai 1942. C’est une caserne allemande en pierre, entourée bien sûr de barbelés et de miradors. Le climat est dur, les radiateurs fonctionnent peu"
(carnet de Maurice Guillon). Détenus pendant trois ans à Arnswalde cette caserne a été synonyme de privation et de réclusion. Malgré les photos sur lesquelles nous les voyons sourire, j’imagine le temps s’écoulant lentement, emportant leur jeunesse et ne laissant entrevoir aucune chance de libération au delà de ces blocs de béton. Au moment d’écrire, quelques vers de L’Ennemi se rappellent à moi comme un écho à ce que m’évoque ces lieux : "O douleur ! O douleur ! Le temps mange la vie, Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur du sang que nous perdons croit et se fortifie". Je laisse aller mon imagination qui me porte jusqu’au matin du 25 août : rassemblement, le silence règne dans la cour, l’incompréhension des allemands est totale, un officier s’avance vers eux : "Paris a été libéré". Arnswalde ne sera "bientôt" plus une prison mais le point de départ d’une longue marche au bout de laquelle la liberté enfin retrouvée.

(L.P.) "Auf nie wiedersehen, Arnswalde ! ville de la misère du pauvre monde. Ville des pieds gelés et des ventres creux. A ne jamais revoir ce maudit chemin de ronde où le pauvre soldat passe ses nuits transi et grelottant pendant qu’il y a tant de forêts dans la plaine pour donner du bois à son foyer. A ne jamais revoir tes maigres pitances,
et toutes ces corvées idiotes qui ne servent à rien qu’à tenir les gens loin du vrai travail pour lequel ils sont sur terre ! "(Jusqu’à Bergen, Louis Francis) Papa ne voulait pas y retourner....je le comprends. Rien a changé.
Les blocks sont les mêmes : quatre avec la turnhalle au fond de cette cour carrée où nous avons du mal a imaginer trois milles détenus frappant le sol de leur sabots, appelés trois fois par jour : POISSON Paul Gefangener nummer 668 Block 1 Stube 213.....trois fois par jour dans les tourbillons de neige, par moins 15°, sous la pluie, l’humidité
des brouillards, le froid, la canicule des climats continentaux... pour rien, pour trois divinités qui s’appelleraient Force, Contrainte, et Consigne (Jusqu’à Bergen, Louis Francis). Dans les deux dernières on retrouve le même préfixe, c..., preuve de la bêtise humaine. Rien a changé, le choc émotionnel est intense... "konstruçion" allemande,
faite pour durer... Les cages d’escalier, le carrelage des marches, le sol des couloirs, le parquet des chambrées,
les lavabos en béton, les lampes du gymnase, je vois mon père dans ces murs et devine sa volonté d’en sortir.
Lutter pour reconquérir cette aspiration la plus profonde de la nature humaine qu’est la liberté, ne pas perdre ce désir d’échapper à toute contrainte, sinon à toute obligation. A l’extérieur, il ne manque que les miradors et le fil de garde mortel qu’il ne fallait pas dépasser : sauf le jour où le potiron de papa a eu la sotte idée de croître de l’autre côté
de cette frontière. Ce qui a donné lieu à une autorisation expresse de transgression de cette donne,
organisée avec un cérémonial railleur et ironique envers "les doryphores".

Présent

Borne Sulinowo
(L.P.) Je m’attendais à trouver un pays austère, froid et humide avec des habitants descendus des Prussiens.
Borne Sulinowo est une petite ville tranquille, baignée de soleil au bord d’un lac. Difficile de croire et d’imaginer
ce que cela a pu être pendant les années 35-45. La population est entièrement Polonaise et la découverte de la vie
de là-bas a été forte en chaleur humaine et relationnelle. Le dimanche matin était calme, Étienne nous propose d’aller à la messe dominicale. Je me suis retrouvé dans une grande "ex salle" de propagande soviet réaménagée en lieu
de culte. Église pleine, avec toute la ville sur place, endimanchée, et le culte en lui même rempli d’une rare ferveur perdue en France. Une seule voix pour les chants religieux, une vingtaine d’enfants de cœur en chasuble,
une communion à genoux, hostie distribuée à l’ancienne directement dans la bouche et non au creux des mains. J’étais revenu quarante ans en arrière, époque de ma jeunesse, où l’office était célébré de la sorte dans nos églises françaises. Découverte de l’accueil des Polonais, admiration pour le couple Skowronek qui ont travaillé dur pour restituer les souvenirs des prisonniers polonais de l’oflag IID. Ce même après-midi, ces derniers nous emmèneront
a la découverte d’un charnier de soldats russes et autres exterminés par les nazis, où ils ont mis a nu 11000 morts
et organisé pour eux une sépulture digne de ce nom. Einstein avait mille fois raison quand il disait : "Celui qui est capable de marcher derrière une musique militaire n’a pas besoin de cerveau : une moelle épinière lui suffit".
Nous sommes en face de la cruauté même de l’homme décérébré... avec tout ce qui en découle...

 

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2 juin 2008 : Oflag IIB de Arnswalde,
Au cours du repas offert par les autorités militaires
de la caserne de CHOSZCZNO, ex Oflag IID
de gauche à droite : notre fidèle ami et interprète,
le Docteur Boleslaw PAWLOWSKI
,
le Colonel Zbinieg ZULKOWSKI et Etienne JACHEET

Choszczno
(C.J.) Sans doute la journée la plus émouvante du voyage à mes yeux. L’accueil est chaleureux,
le colonel attentionné et prévenant à notre égard, veillant à ce qu’on ne manque de rien.
Une messe est organisée dans la chapelle de la caserne et des photos des prisonniers y assistant entre 1942
et 1945 sont exposées. L’émotion est palpable. Papa lit les intentions de prières adressées aux prisonniers,
aux soldats, aux familles et Adam les traduit. C’est un message universel qui passe au travers de ces prières.
Un message d’espoir.

(L.P.) Il faut prononcer #auchenau#. La ville d’Arnswalde n’existe plus. L’Oflag IIB est aujourd’hui une caserne militaire polonaise. Mais personne n’oublie. Les polonais font un énorme travail de mémoire et de souvenir.
Nous sommes reçus dans la caserne avec les honneurs militaires. Messe du souvenir et d’espoir célébrée
par le prêtre de la garnison, en présence des jeunes recrues, dépôt de gerbe par Cyrielle au monument érigé
en souvenir des prisonniers de l’ancien camp, visite du musée militaire dans la caserne et repas en présence
du colonel de garnison, l’effort de mémoire est constant et l’amitié franco polonaise bien présente.

LES TRACES DU SOUVENIR
(L.P.) Comment ne pas finir en évoquant le travail remarquable effectué par l’association Mémoire et avenir
et par l’amicale de l’oflag IID-IIB. Honorer, faire revivre et transmettre la mémoire de la captivité des officiers français dans les OFLAG : un homme remarquable nous a conduits dans notre démarche vers le souvenir :
Étienne JACHEET. Comment ne pas le citer, féru d’histoire, capable de transmettre sa passion, pédagogue, organisateur sans faille, courageux et tenace dans ses recherches, Etienne nous te devons beaucoup
dans notre effort partagé du souvenir. Tu te donnes sans faille à l’association, je te souhaite de perdurer et que l’aventure continue avec Magdalena, avec le musée du souvenir d’Opole, avec un site traduit en plusieurs langues... ce ne sera jamais fini... Pour moi la poursuite de ce voyage passera par Soest, Bergen, lieux de libération définitif
des officiers prisonniers du IID-IIB et qui sait retrouver nos amis polonais l’hiver sous la neige...

(C.J.) Je vois au quotidien les avancées des recherches de papa et ce voyage a été l’occasion pour moi de voir les fruits de ce travail qui s’enrichit d’année en année. 9 ans après le premier voyage je constate les changements : découvrant les monuments et voyant à quel point les relations franco-polonaises s’en trouvent renforcées.
Tout ce qui a été crée et tout ce qui se construit encore sont comme des ponts entre le passé,
le présent et l’avenir qui font revivre, grâce à tous les moyens mis en œuvre, la mémoire de ces prisonniers.
Luc a milles fois raison : ce ne sera jamais fini.

 

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31 mai 2008 : Le nid de cigogne
devant la gare de ZIPPNOW
où le Lieutenant Paul de LARDEMELLE
et d'autres évadés par un tunnel en 1941,
avaient pris le train pour se sauver
vers la France
.

Conclusion
(C.J.) "Il me faut parler, coûte que coûte, avant qu’il ne soit trop tard. Non pas seulement, parce que chaque génération humaine a le droit et le devoir de lancer au passage son message propre,
mais parce que si elle ne le fait pas, une déchirure s’ouvre dans le tissu de l’humanité, et c’est vous,
vous la génération d’après qui en souffrez". (Roger IKOR, Pour une fois écoute mon enfant).

En 1999 j’ai été cet enfant qui a vu et qui a ressenti. Lors de ce second voyage j’ai été cet enfant qui a écouté
et compris. Tout ? Non certainement pas tout. Une génération comme la mienne, habituée dans son quotidien
à ne manquer de rien, à vivre dans le confort, ne peut mesurer pleinement ce que la génération
de nos grands-pères a connu. Mais, au travers de ces voyages, et même si certaines choses nous échappent,
nous les faisons revivre, chacun à notre manière, avec nos propres mots et notre propre ressenti.
Aujourd’hui c’est à nous, aux générations suivantes, d’être tributaires de ce travail de mémoire.

(L.P.) "On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux". (Le petit prince, Saint-Exupéry).
Mon voyage me fait penser à un arc en ciel qui part du blanc vers le noir en passant par un panel de couleurs.
Le blanc évoque la pureté dans notre religion chrétienne et le deuil pour les chinois (mais pour rejoindre la pureté
de l’au delà, donc l’idée est la même). Le blanc c’est aussi la neige de Gross-Born ou du départ des prisonniers d’Arnswalde : difficile de l’imaginer avec le temps que l’on a eu qui évoque le jaune et l’orange du soleil continental
et le bleu du ciel que l’on retrouve dans l’eau de tous ces lacs Poméraniens. Jaune, également de la gerbe posée aux pieds du monument de l’oflag IID..... Ce n’est pas un hasard... Le vert est omniprésent dans la forêt de Gross-born, c’est aussi le reflet de l’espérance de temps meilleurs tant attendu par les officiers captifs. Rouge a été notre voyage car comment ne pas penser à toutes ces horreurs, à tout ce sang versé pendant cette guerre, mais aussi ce rouge
du drapeau nazi qui a rendu l’homme fou. Le gris est à réserver aux captifs, à la privation de liberté physique
des officiers Français et Polonais des oflags IID-IIB, à la boue du dégel lors de leur longue marche avec la famine
au ventre. Noire est la guerre, le massacre de Kattyn, les camps de concentration évoqué par Louis Francis
avec sa découverte du camp de Bergen-Belsen. Revenir à une association de couleur c’est unir le blanc et le rouge pour penser aux Polonais et à la façon de nous recevoir, à leur gentillesse, à l’occupation bipartite des deux camps,
à l’amitié franco-polonaise.

Par sa conscience et sa volonté, l’homme naît pour la liberté : elle est son destin ou son projet.

Cyrielle JACHEET (C.J.)
Luc POISSON (L.P.)

Avec tous nos remerciements à Boleslaw Zbigniew PAWLOWSKI, Irena et Thomaz SKOWRONEK,
Adam SUCHOWIECKI, Magdalena KRUK