Les Camps
Les Activités Manuelles

Jusqu’à présent, nous avons évoqué les activités intellectuelles qui ont fait l’essentiel de l’existence pendant
ces cinq années pour la plupart d’entre nous. Redescendons sur terre, car il ne faut pas oublier les activités manuelles qui ont tenu, elles aussi, une grande place dans notre vie et qui ont aussi produit quelques
chefs-d’oeuvre, au point que nous avons hésité à mettre cette rubrique dans le chapitre consacré aux Beaux Arts.

Rappelons les débuts de cette activité : La matière première ? Quelques planches dérobées à nos châlits,
quelques morceaux de bois provenant de nos rares promenades ou des corvées de dessouchage,
les boites de conserves vendues à la cantine ou reçues dans les colis de France, quelques cartons, du papier,
des outils élémentaires, quelques couteaux de poche sauvés des fouilles ou quelques outils, eux-mêmes bricolés.
C’est peu, mais cela a permis à certains de créer, comme nous le disions des chefs-d’oeuvre dont,
d’ailleurs un certain nombre ont fini sous la botte de nos gardiens.

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Jouet girafeJouet coq

Jouet Dromadaire Jouet Kangourou Jouet Ours
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Jouet Eléphant Jouet Zèbre Jouet Rhinocéros Jouet Lion

Quels étaient les domaines ouverts aux bricoleurs ? D’abord, celui de l’installation... Pour chacun de nous
un espace de 2m sur 0,8m sur 0,5m environ. Cet espace réduit, chacun s’est efforcé de le personnaliser
par l’adjonction de quelque étagère rudimentaire où il pourra mettre quelques souvenirs, une photographie !
Ensuite le domaine de ce que Flament appelle les Arts Ménagers.
C’est à dire la fabrication des instruments nécessaires à notre survie et au fonctionnement des popotes :
cuillères, fourchettes, louches, etc. Pendant la période estivale, les premiers essais de cuisine ont été faits
sur des fours que les spécialistes avaient construits dans le sable de Gross Born : c’était relativement facile.
L’hiver, les différentes popotes se partageaient un coin de poêle de la chambre : là encore, sauf quelques
problèmes de répartition à régler par le chef de chambre, la question n’était pas insoluble.
Mais à Arnswalde, le problème s’est compliqué : il y avait bien, dans chaque bloc une possibilité de cuisine
au gaz, mais le temps pendant lequel elle pouvait être utilisée, était si court que chaque popote ne pouvait
en disposer que quelques minutes tous les deux ou trois jours. C’est alors que fut créé ce qui a été l’instrument merveilleux que tous les popotiers ont adopté d’enthousiasme et qui a été pour les bricoleurs une occasion
souvent renouvelée de montrer leurs talents. Voila comment Roger Ikor présente cette petite merveille :


La "Choubinette"
" ... Il était, et je pense qu’il est encore, quelque part en Pologne,
une petite ville appelée Szubin, orthographe comme d’habitude
non garantie, prononciation "Choubin".
II était dans cette petite ville un petit camp d’officiers français prisonniers, quelques centaines, l’entreprise familiale à côté des usines géantes comme la nôtre, le IV D de Dresde, le XVII A d’Autriche et celui de représailles de Lübeck.
"Et il était dans ce petit camp, un officier de réserve, fumiste de son état que je n’hésite pas de qualifier de bienfaiteur de l’humanité. Hélas ! J’ignore son nom, mais connaît-on celui de l’homme
qui inventa le feu, ou même la bicyclette ou l’automobile ?
Bref, il inventa un appareil- dirai-je fourneau ou réchaud
d’une simplicité extrême et d’une extrême efficacité
dont ses camarades bénéficièrent aussitôt sans lui en payer le brevet.
"Quelques temps après, le petit camp de Szubin fut dissous
et une partie de ses habitants vint échouer dans le nôtre.
Le réchaud de Szubin se répandit aussitôt parmi nous sous le nom francisé de "Choubinette" qui lui est resté.
Je ne sais pas si d’autres camps que le nôtre en ont bénéficié !"

"Pour construire une choubinette, il suffit de placer dans une boite
de conserve un peu grande (mettons une de un kilo de petits pois, après avoir mangé les petits pois), une plus petite de dimensions
telles qu’il subsiste entre les deux un anneau vide d’un ou deux centimètres pour le tirage.

Le haut de la boite intérieure sera percé de trous sur tout son pourtour. C’est tout pour l’essentiel :
le reste n’est qu’agencement de commodité : fixation des deux boites l’une à l’autre, d’un pied, d’un support
de gamelle etc... Et, bien entendu, il y faut aussi le coup de main. "Combustible de base : du papier journal.
Il est recommandé de le déchirer en petits fragments qu’on roulera en boulettes très serrées ; le mode d’emploi prescrit même de tremper ces boulettes dans l’eau et de ne les utiliser qu’après séchage bien durcies.
On jette donc quelques boulettes dans la boite intérieure, on allume et il se développe par les trous du haut
une belle couronne de flamme bleue très chaude : dans ce brûleur dernier cri, ce n’est pas le papier lui-même
qui chauffe, mais le gaz de papier. D’où une économie qui ... qu’on m’excuse, je ne suis pas spécialiste.
Disons qu’en dix minutes, un litre d’eau était porté à ébullition soit comme consommation, une feuille de journal
à peu près. Vu notre époque de crise de l’énergie, on pourrait penser au système. "Il va de soi qu’en place de papier, on peut mettre des bouts de carton ou des fragments de bois. Le rendement énergétique semble analogue.
"Les allemands commencèrent par s’extasier, sur I’ingéniosité française, puis ils décrétèrent la choubinette
"streng verboten" (*). Comme ça ne servait à rien, ils lui déclarèrent la guerre et les opérations firent rage
jusqu’à la fin avec des fortunes diverses : fouilles générales, fouilles ponctuelles, apaisements, trêves même.
Ah ! Que nous en avons vu mourir, des choubinettes sauvagement piétinées sous la botte soldatesque !
Quelquefois, nous réussissions de justesse à les arracher à leur destin alors qu’elles reposaient déjà dans
les cercueils rouges dont j’ai parlé ! (**) Et si nous n’y parvenions pas, eh bien nous nous faisions une raison !
Il était si simple d’en fabriquer de fraîches !

Mais on comprend maintenant l’importance que nous attachions à nous procurer la matière première :
la boite de conserve. Et naturellement, l’emballage des colis. "Des tentatives de compromis marquèrent
la guerre de la choubinette. Telle fut l’offre de construire des fourneaux officiels.
Mais les fourneaux sans combustible ne nous intéressaient guère ; nous préférions le combustible sans fourneaux.
Et la guerre se rallumait. "Un jour, en se tordant de rire, les Allemands nous proposèrent de la sciure.
Oui, de la sciure de bois, et en grande quantité. Ils avaient dû en percevoir un lot dont ils ne savaient que faire
et je suppose qu’ils ne voyaient pas ce qui nous en ferions nous-mêmes dans les fameux fourneaux de briques.
Qu’on essaye un peu de mettre le feu à un tas de sciure ! "Sans sourciller, nous achetâmes la sciure ;
et un modèle spécial de choubinette la consomma sans sourciller davantage ! Je ne sais plus en quoi consistaient
les modifications au modèle ordinaire. Mais je me rappelle bien que, pour charger l’appareil, il convenait d’utiliser deux barreaux de chaise ; un tenu verticalement au milieu de la boite pour ménager dans la sciure
une cheminée centrale, et l’autre placé à angle droit du premier, horizontalement et en bas pour l’ouverture de
la cheminée. On tassait la sciure autour des deux bâtons ; il était même conseillé de la mouiller légèrement pour qu’elle tienne mieux. Puis, on les retirait délicatement, on allumait en bas de la cheminée coudée ainsi dégagée.
Et ça marchait sans problème, toujours flamme bleue ! "La suite ! Stupeur admirative d’abord chez nos gardiens ; puis le ravitaillement en sciure se tarit, et nous revenons au combustible classique : papier, carton et bois..."(39)

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Blanche neige et les Sept Nains boîte décorée
par un Roi de coeur
boîte décorée
par une baigneuse
Coffret réalisé par le lieutenant Daniel LANDAS,
prisonnier à l'Oflag IID
de Gross-Born


Les bricoleurs ont été aussi beaucoup mis à contribution par les candidats à l’évasion. Nous avons raconté comment le sable sur lequel était construit le camp de Gross Born se prêtait au creusement de tunnels.
Mais ceux-ci atteignaient des longueurs de l’ordre de cent mètres (*) et le travail de ceux qui les creusaient nécessitait une aération continue. Il était relativement facile d’établir une conduite d’air en emmanchant
bout à bout des boites de conserve, mais il fallait, pour que cet air parvienne jusqu’au mineur au travail,
qu’il soit poussé par un ventilateur. Et là aussi, il a fallu réaliser quelques chefs-d’oeuvre de mécanique.
Il y avait aussi les équipes qui assistaient nos metteurs en scène du théâtre - et qui donc étaient chargés
de la construction des décors et des accessoires nécessaires.
C’est à Armand Lanoux que nous devons le soin de présenter l’une de ces équipes :

" ... On surnommait "dépliants", Vanhoernacker et Paradoux. Celui-ci, ancien élève de Centrale, était prodigieusement habile de ses doigts. Les dépliants se complétaient admirablement. L’un blond, l’autre brun,
tous deux de même taille, quelque chose qui n’arrivait pas loin du mètre quatre vingt dix. Paradoux travaillait
le fer, ou plus exactement ce qui se rapprochait du fer dans le camp : boites de conserves vides surtout,
et Vanhoernacker, le bois et plus souvent encore le carton, sa matière préférée. "Encore une fois, une tête passa
la porte, une bonne figure de bougnat, puissamment moustachue qui demanda avec un fort accent du Centre :
" - Van ! T’as pas deux longs clous ! " - Non, hurla instantanément Van. " - C’est pour me faire une étagère,
continua l’autre, placide. J’en avais installé une, mais elle m’est tombée sur la gueule cette nuit. .. "
_ Non ! J’en ai assez ! De tous côtés vous vous mettez après ma peau. Je n’en ai plus de clous ! Je ne saurais
plus prêter mes outils.
II y a un saligaud qui m’a rendu mon ciseau ébréché. Non, non et non ! Puis sans transition " - T’en as besoin
de combien ?"- " Quatre", dit l’autre, tristement. "J’aurais besoin aussi de ta pince coupante ! "
- "La pince coupante !" souffla Van, touché au foie. Van leva les bras au ciel devant une telle prétention et il dit :
" - Reviens après la soupe ! ’" (40)

Enfin, il y a eu aussi les bricoleurs qui s’adonnaient à la fabrication de maquettes - soit qu’il s’agisse de modèles
de bateaux ou de voitures - jouets destinés à leurs enfants à qui ils ont pu les envoyer à l’occasion de Noël -
soit des maquettes diverses qui ont orné les stands des différentes expositions.

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Cendrier fabriqué
durant la captivité
á l'Oflag IID-IIB par le
capitaine Désiré BLAS

Cette charrette, qui mesure 46 cm de Long et 18 cm de large,
a été expédiée de Gross Born par le Lieutenant Gaston Dupont,
pendant sa détention, à sa mère dans les Ardennes
Tête de Christ réalisée
par le lieutenant Daniel LANDAS, prisonnier à l'Oflag IID de Gross-Born
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Ingénieur des Arts et Métiers, le lieutenant Pierre BERNET a fabriqué cette petite machine à vapeur à cylindres oscillants. Le bâtis et les volants sont coulés en étain récupéré sur les boites de conserve. Les quelques vis et pièces de cuivre sont issues de petit matériel électrique. Le lieutenant Pierre BERNET
a fabriqué ce coffret à bijoux en bois
pour l'offrir à sa future épouse.
Coffert de Daniel LANDAS qui a inspire l'aquarelle realisee par son fils Bernard
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Coffret fabriqué par le lieutenant Daniel LANDAS Gamelle fabriquée par le lieutenant Daniel LANDAS. Elle reprend les noms
des étapes durant la période de guerre 1939-1940 puis les villes conduisant au camp
de Gross-Born, lieu de sa captivité de 1940 à mai 1942.