Hommages & témoignages

SUR LES PAS DE MON GRAND-PERE…


Monsieur BEL, ami de mon défunt grand-père ayant offert la plaquette
« Oflag II D »  à ma mère, celle-ci l’appelle pour le remercier.
Incidemment, ma mère apprend qu’un voyage est prévu en Poméranie
courant mai, pour commémorer leur captivité dans les camps de Gross-Born
et d’Arnswalde entre 1940 et 1945, et cela en collaboration
avec l’Association des anciens combattants polonais de la région.

Apprenant cette nouvelle par ma mère, j’ai presque autant d’émotion
qu’elle et trouve l’opportunité tellement exceptionnelle que je souhaite l’accompagner. En effet, j’ai connu mon grand-père jusqu’à mes 8 ans
(il est mort en 1985 à l’âge de 80 ans) et j’avais beaucoup de complicité avec lui.
Je souhaiterais donc lui rendre hommage.

De plus, ce serait une manière d’approfondir une partie de l’histoire, trop partiellement et rapidement étudiée
à l’école, alors même qu’elle fait partie de notre histoire proche et qu’il faut à tous prix la garder en mémoire
afin qu’elle ne se renouvelle pas par la folie et la violence inhérentes à la nature humaine.
Enfin, dans mon cas, je trouve que ce voyage serait un très beau cadeau pour mon 25ème anniversaire,
dont la date du 8 mai correspond exactement au moment symbolique choisi pour ces commémorations…
Ce qui me renforce dans ma croyance que le destin nous réserve d’étonnantes surprises,
à des moments souvent inattendus mais pleins de sens.
Ainsi, me voilà prête et décidée à partir sur les pas de mon grand-père….

Arrivées à Berlin, les 6 personnes du groupe français font connaissance : Etienne JACHEET, fils d’un ancien
et défunt prisonnier de guerre et organisateur du voyage,  Claire, sa sœur, est accompagnée
de Patrick NODDINGS, son mari, et, enfin, Bertrand de CUNIAC, ancien prisonnier de guerre,
qui participe à ce voyage pour la 2ème fois, à l’occasion de ces commémorations.
D’emblée, réunis par un même fragment de passé, nous échangeons chaleureusement sur notre famille
et notre vie. J’ai l’impression que cette sorte de fraternité, certes liée à notre voyage de quelques jours
en pays étranger, est aussi le produit inconscient de l’exemple de la solidarité et de la solide amitié
qui ont permis à nos pères ou grands-pères de survivre lors de leur captivité.

Je suis surprise par la Poméranie. Je m’imaginais un paysage gris et plat, je découvre une nature légèrement
vallonnée, alternant lacs, forêts et plaines verdoyantes. Et cela n’est que le début de surprises allant crescendo.
Suite à notre première rencontre avec Monsieur PAWŁOVSKI, ancien officier de l’AK (armée secrète polonaise)
qui sera notre traducteur attitré au cours de notre voyage à Gross-born et Arnswalde, nous arrivons à la
Maison des Anciens Combattants de la région où l’accueil est impressionnant : télévision régionale de Stettin,
Maire de la Ville, discours du Président des anciens combattants, participation des scouts...
La pose de la première plaque est organisée autour du monument érigé à l’entrée de l’ancien camp
de Gross-born, actuellement recouvert de végétation. Malgré la pluie battante, tous les présents restent fiers
et dignes pour rendre honneur aux Français et Polonais, qui ont souffert dans ce camp.
Puis, ils nous convient à trois fêtes dansantes et/ou chantées, spécialement en notre honneur ;
lors de la première soirée, les 3 Françaises du groupe ont été agréablement surprises d’être invitées à danser
par de fringants septuagénaires polonais, puis d’être remerciées par un désuet mais galant baise-main.
Les résidents nous offrent même des cadeaux qu’ils ont faits eux-mêmes.
Cet accueil révèle la fervente amitié que nous portent les Polonais.

Ceux-ci nous rendent également honneur à notre arrivée à Arnswalde. Nous avons un accueil similaire
pour la pose de la deuxième stèle. Puis, après avoir « poussé » un peu les choses (2 toasts successifs adressés
au responsable du camp originairement peu favorable à notre demande), nous visitons l’ex camp d’Arnswalde,
devenu une caserne pour soldats polonais.  Je suis impressionnée et émue de pouvoir voir aujourd’hui
les infrastructures dans lesquelles a vécu mon grand-père : mêmes bâtiments, mêmes escaliers, mêmes lits...
Les anecdotes qu’il a racontées à ma mère et qui m’ont été transmises se sont d’un seul coup matérialisées. 
De plus, les commentaires de B. de CUNIAC nous permettent de mieux comprendre l’ex- fonctionnement
du camp.
Puis, accompagnés de deux charmants officiers (dont l’un m’offrira ses pin’s d’artilleurs et d’officier!),
nous visitons les lieux par lesquels sont passés les prisonniers du camp, quand les Allemands les font partir
dès la  fin janvier 1945. Nous arrivons à la gare, inchangée depuis les années 40.
Elle doit ressembler à celle par laquelle a dû arriver mon grand-père, avant d’être emprisonné à Gross-born.
Là, le Président des Anciens Combattants nous quitte, et, offre une superbe rose à chaque femme…
L’âme slave semble bien galante et poétique, même s’il paraît que cela cache des manières plus frustres,
dixit une « mauvaise » langue masculine du groupe.

 

Après avoir visité un village dont Bertrand de CUNIAC a été le bourgmestre lors des défaites allemandes
de 1945, après son évasion de la colonne le 30 janvier 1945, nous sommes rentrés sur Berlin.
Là, Bertrand de CUNIAC nous invite à dîner pour célébrer la fin du voyage.
Nous fêtons donc le 8 mai 2001 à Berlin ! Et arrosons mon 25ème anniversaire au champagne
(encore merci à Claire et Patrick NODDINGS ainsi qu’à Etienne).
Nous sommes tous bien rentrés en France et avons prévu de nous revoir pour échanger nos souvenirs
et préparer un cadeau de remerciement aux Polonais.
Avant de conclure, je souhaite remercier vivement Etienne JACHEET pour l’organisation minutieuse
du voyage et son attention permanente au bien-être de tous au cours de celui-ci.

Finalement, lors de ce voyage, je n’ai pas trouvé ce que je pensais; j’ai trouvé plus.

En effet, en allant sur les pas de mon grand-père, je lui ai rendu hommage, j’ai suivi une grande leçon
d’histoire, mais aussi, j’ai rencontré une autre génération, celle de ceux qui ont vécu cette guerre.
J’ai compris qu’à travers les fortes souffrances physiques qu’ils ont endurées, ils ont cru en de fortes valeurs
morales - dont la défense de la Patrie, le respect de la parole donnée, la solidarité - qui leur ont permis
de survivre. Actuellement, ces valeurs existent toujours, mais ne sont plus présentées ainsi à ma génération,
souvent très désorientée par l’absence d’exemples à suivre dans la génération précédente.

Ainsi, à l’issue de ce voyage, notamment grâce à la présence et aux témoignages de Bertrand de CUNIAC,
j’ai mieux pris conscience de l’importance de ces valeurs morales, vilipendées par la société
(fortement influencée par la génération des 30-40 ans), mais remises en avant encore timidement
par la génération des 20 ans.

En espérant que ce récit vous aura intéressé, je vous invite à en faire part à votre famille,
notamment à vos enfants et petits-enfants, pour leur ouvrir une fenêtre sur votre histoire et la leur…
Par ailleurs, si ce voyage vous tente, n’hésitez pas à en informer le Président de l’Association,
afin qu’il rassemble les demandes et mette en place l’organisation nécessaire…

Sophie COUDRON
Petite-fille de Raymond MOREL,

Gross-Born Offlag II D Bloc 2 Baraque 4 Stube 1
Arnswalde Offlag II B Bloc 3 Stube 212
Witzendorf (mars 1945) Offlag 83 Baraque 2 Stube 1