Hommages & témoignages

Récit du voyage du souvenir effectué en 2015

Amicale de l’Oflag IID-IIB-XXIB Pologne, 16-21 septembre 2015
sous la Direction d’Etienne Jacheet et de Darius Czerniawski

Amicale de l’Oflag IID-IIB-XXIB Pologne, 16-21 septembre 2015
sous la Direction d’Etienne Jacheet et de Darius Czerniawski

- Introduction - Un pèlerinage très documenté et très émouvant - et incidemment un voyage de découverte d’un secteur de la Pologne rurale d’hier et d’aujourd’hui. - Des jours de confiance et d’amitié - Conclusion Annexes :  - 1 Liste des participants   - 2 Récit chronologique  - 3 Témoignages de Charlotte et Eric DELLOYE  - 4 Hymne national Polonais (communiqué par Gabriela SMOLIJ)  - 5 Cartographie  - 6 Photos et documents 


Introduction  Du 16 au 21 septembre 2015, Etienne Jacheet, secrétaire général de l’Amicale de l’Oflag IID-IIB-XXIB, a conduit, avec son épouse Béatrice, 5 membres de la famille DELLOYE et 9 membres de la famille de TARLÉ, sur les lieux de captivité de leurs pères, oncles, beaux-pères ou grand-père de 1940 à 1945, en Poméranie alors allemande, aujourd’hui polonaise –  La préparation avait été  minutieuse par Etienne et son ami polonais Dariusz, qui  maitrisaient parfaitement le sujet. Dariusz,  directeur du Musée du Collège « Aux héros de l’Oflag IID » de Borne Sulinowo, avait excellemment mobilisé la partie polonaise amicale et savante (cf. liste des participants en annexe) .Ce fut, à tous points de vue, un voyage émouvant, passionnant, chaleureux – qui justifie pleinement l’existence de l’Amicale.


Nous voudrions ici présenter trois points en renvoyant le lecteur « pour en savoir plus » à la chronologie des évènements, à la cartographie et aux documents et photographies placés en annexe.


1/ Un pèlerinage du Souvenir très émouvant et documenté La dynamique du Souvenir franco-polonais


La visite des lieux de camp – baraques de Gross-Born à 15 km au Sud de Borne Sulinowo pour la période de Juin 40 à Mai 42, puis caserne de Choszczno (Arnswalde) jusqu’en Janvier 45 – fut très émouvante grâce en particulier aux explications d’Etienne qui sait faire vivre les lieux :


- A Gross-Born, la forêt a envahi la lande de « Teufel Heide » (la lande du diable en allemand) où étaient dressés les baraquements accueillant au début 6000 prisonniers français (progressivement ramenés à  3000) puis polonais,– On peut ramasser ici et là des bouts de brique ou de barbelé – et se recueillir devant les cimetières français et « surtout » russes (multiples fosses communes contenant, 950 corps dans l’un, 9 000 corps, dans l’autre, marquées de croix de bouleau dans la forêt de pins) – Sites poignants. 


- A Choszczno, dénommée Arnswalde à l'époque, casernes en bon état, construites dans les années 30 par Hitler dans la ville que l’on voit au-delà des barbelés – 4 bâtiments autour d’une grande cour où avaient lieu les deux appels quotidiens. Certains locaux  sont encore utilisés par les militaires polonais. Sur le 4ème côté, un gymnase dit « Turnhalle », qui servait aux prisonniers de salle de théâtre ou de chapelle ; on peut vite ressentir l’impression d’enfermement de l’endroit en parcourant les couloirs et les chambres des prisonniers. Chaque chambre comptait 16 châlits de 3 niveaux. L’aménagement intérieur des bâtiments semble avoir peu changé depuis la guerre : 
mêmes carrelages, mêmes radiateurs, même emplacement des compteurs électriques, même agencement des salles. Dans la cour, depuis toujours, s’ébattent et crient de nombreux corbeaux.


- Ce sont donc deux lieux, deux atmosphères, où le groupe se recueille devant les croix ou les monuments mémoriaux polonais et français, installés à leur entrée par l’action des Polonais. L’Amicale n’a de cesse de semer ainsi des marques de l’histoire de nos pères, en accord avec les Polonais – Monuments devant lesquels notre groupe dépose gerbes et bougies, chante les hymnes nationaux (voir en annexe le texte de l’hymne Polonais), observe une minute de silence et prie.


- Lieux que fait vivre aussi la remarquable documentation recueillie par l’Amicale (cf. le site internet « www.oflags.fr ») et le musée du Collège de Borne Sulinowo – « Aux héros de l’Oflag II D ». Découverte qu’il y a en Pologne un musée central des Prisonniers et plusieurs musées locaux – alors qu’en France, rien n’existe d’équivalent.  Découverte aussi qu’il y a une recherche académique active sur le thème (cf. les interventions du Samedi matin). (Noter à ce sujet que l’ensemble s’enrichit année après année – voir par exemple la découverte par Etienne lors de notre voyage, que la halte des prisonniers à Grünberg dans leur marche vers l’Ouest, a eu lieu sur le domaine de la famille prussienne von Stülpnagel, à la mémoire noire et blanche - le gouverneur de Paris pour la première : accusé de crimes de guerre, il se suicida dans sa prison après la guerre  - et blanche pour son cousin, membre du complot contre Hitler, qui le fit exécuter.)


- Découverte que les Polonais ne cachent aucun épisode de leur tragique histoire – affichant par exemple dans les rues de la ville de Borne Sulinowo de grands panneaux évoquant les occupations allemandes et soviétiques.


- Découverte enfin de la dynamique des Mémoires – française et polonaise – impulsée ensemble, l’une s’appuyant sur l’autre.


Le Mystère des Prisonniers


- Les outils précédents (monuments, sites internet, musées, recherches…) permettent d’éclairer un peu ce qui reste un mystère : comment 3 000 hommes de toutes origines, souvent jeunes, très loin des leurs, venant d’une armée battue, peuvent-ils tenir le coup, privés de liberté pendant 5 ans consécutifs, sans perspective de libération prochaine, avec deux appels par jour et avec pour seule obligation « professionnelle », le devoir moral de rester droits. Comment peuvent-ils résister au laisser-aller, aux tentations de la dispute, à l’égoïsme ? Que savent-ils du monde en feu qui les entoure ? Comment vivent-ils leur mise à l’écart ? Comment ont-ils pu, au contraire, créer des amitiés pour la vie ?


A cet égard les activités - sportives (il y a un terrain de sport à Gross-Born), - intellectuelles (université, écriture), - culturelles (théâtre, bibliothèque), - artistiques (dessin, peinture, sculpture), - informatives (journaux), mais aussi - spirituelles (rôle des prêtres, offices…), les aident à vivre. (Ces activités sont symbolisées sur la stèle polonaise à l’entrée de l’Oflag IID de Gross-Born.) Il faut souligner l’ingéniosité dont ont fait preuve les prisonniers français et polonais dans bien des domaines : tunnels d’évasion, sculptures en papier mâché (dont un triptyque et une tête de Christ souffrant) et gravures sur bois, poupées de chiffon faites par des prisonniers pour le Noël de leurs enfants, tous objets émouvants, témoins d’histoires individuelles. Les colis et les lettres aident aussi à vivre même s’ils sont tous contrôlés par les services de censure (geprüft !) –  Les évasions et les radios clandestines entretiennent l’esprit de Résistance. Mais il ne faut pas cacher que ces années peuvent transformer les êtres et rendre les retours difficiles.


Comment comprendre que la France a quasi perdu le Souvenir de ses prisonniers de guerre – pourtant 1 800 000 soldats, sous-officiers et officiers – (voir l’exposition récente au Sénat sur « le Retour des Absents » ?) alors qu’elle a exalté – légitimement d’ailleurs – le souvenir des résistants et déportés, qui, il est vrai, étaient menacés de mort immédiate. Cependant comment comprendre l’absence de souvenir organisé au niveau national alors que la Pologne lui consacre plusieurs musées dont un central et dédicace le collège de Borne Sulinowo « Aux Héros de l’Oflag IID » ?  Qui répond chez nous à ces questions ?


Rendons hommage à l’action de l’amicale de l’Oflag IID-IIB-XXIB – qui prend à cœur – parfois seule – de maintenir la flamme.


2/ Incidemment, un voyage de découverte d’un secteur de la Pologne rurale d’’aujourd’hui Pour nous qui ne savions rien ou presque de ce pays millénaire – si ce n’est notre traditionnelle amitié, ce voyage apporta beaucoup :  - Sur la nature et les paysages : lacs, forêts,  (On soulignera la beauté des routes en forêts, parfois couvertes par de vraies charmilles), bruyères et dunes, terres arables très sableuses, (Georges Delloye – sucrier du Nord – évoquait en regard  « la terre amoureuse qui colle aux bottes » de sa région), pins à l’infini, quelques belles hêtraies, faune sauvage très présente, (sur la route jusqu’à Berlin, Mireille de Tarlé, qui a l’œil exercé, avait repéré plus de 20 chevreuils ou biches). Bref un pays plat d’agriculture et de sylviculture mais aussi de tourisme de nature, malgré son climat rude. - Sur le développement rural : des villages de petite taille, aux cheminées qui fument, aux maisons assez souvent repeintes, quelques bourgs avec des « Intermarché » et autres Centres commerciaux –  peu ou pas d’usines – des routes étroites – remises en état ou irréparables – comme les plaques de béton pour chars des routes hitlériennes – où les voitures vont vite, (mais aussi, des engins agricoles aussi vieux de l’époque soviétique ou au contraire ultramodernes et puissants (Georges Delloye les apprécie en connaisseur), adaptés aux grandes surfaces. - Ce ne sont que quelques clichés fugitifs sans doute bien trompeurs – mélange de modernité et de tradition – et une économie qui se cherche ? - Sur l’histoire et les hommes : - Un pays qui a disparu de 1795 à 1919, alors qu’il avait une origine millénaire – et connu des périodes de faste (la double Royauté Lituanienne et Polonaise) – un pays qui fut la proie historique des Suédois, des Russes, des Allemands, des Autrichiens, un pays dont Hitler a voulu faire le cimetière de l’Europe (avec les camps de la mort ou d’internement) – mais un Pays toujours relevé et fier. - La Poméranie vidée de 6 millions d’Allemands en 1945, remplacés par des Polonais chassés de l’Est par les Russes, – des noms de lieux polonisés très vite – (Arnswalde devient Choszczno, Gross-Born devient Borne Sulinowo) mais des familles transplantées depuis 1945 – qui n’ont donc pas de passé dans la région au-delà de 70 ans. - Un pays qui a donné de grands noms (Copernic, Chopin, Mickiewicz, Marie Curie, Lech Walesa, Jean Paul II …) et qui a toujours eu un lien privilégié avec la France (les princes de Lorraine, Henri III, les Poniatowski, Walewski,…) ; un peuple révolté en 1831 et 1863, et dont plus généralement la France a accueilli les refugiés politiques puis les immigrés économiques dans le Nord – Un pays déçu par la faiblesse des Alliés devant l’agression germano-russe en 1939. L’influence culturelle française n’est-elle pas en diminution, à en juger par les langues apprises au lycée (anglais, russe, allemand) et le non remplacement de Gabriela SMOLIJ, notre interprète, qui enseigna le français pendant 35 ans au lycée de Choszczno. - Un pays « occupé » par les deux totalitarismes du 20ème siècle, « libéré » seulement depuis une vingtaine d’années, qui cherche à se bâtir à neuf – l’histoire de Borne Sulinowo est à cet égard exemplaire – : Une histoire que la Pologne semble assumer totalement : panneaux de photos dans les rues, armes (canons, chars) au centre des villes témoignant de l’histoire militaire allemande puis soviétique de la région, soins apportés à l’entretien du cimetière russe, recherches pour retrouver les familles de ceux qui sont morts là mais aussi la projection pour nous d’un film encore censuré en Allemagne, nous est-il dit, cette mémoire incitant à construire l’avenir. - Un pays qui s’ancre à l’Europe et aux Etats Unis qui installent en 2016 cinq nouvelles bases dont une à Choszczno, redoutant ce qui se passe chez ses voisins Russes et Ukrainiens – un pays, nous a-t-on dit, divisé sur le plan intérieur – mais au total un pays qui pourrait montrer un modèle de développement plus sobre que le nôtre et la voix du courage ?


3/ Des jours de confiance et d’amitié : le troisième point a été le ciment de ces jours 1 - Une ambiance particulièrement simple et chaleureuse dans la délégation française et avec nos amis polonais – dont le groupe avait été constitué avec soin par Dariusz (universitaires, officiers, directeurs de Musée ou d’Ecole, professeurs, fils de prisonniers, élus…) alors que nous étions de simples familles, très concernées certes, mais largement ignorantes du sujet – deux interprètes polonaises remarquables, et de bons anglicistes français, - ainsi que l’interprétariat sans peur d’Etienne le germaniste – rendirent les échanges fluides. 2 - Nous avons été frappés par le sens de l’accueil de nos amis, cherchant à nous faire honneur et plaisir – par leurs attentions.  3 - Il est incontestable que le tandem Etienne/Dariusz est à l’origine de ce succès, construisant, année après année, échanges confiants et réalisations avec de l’imagination pour creuser les sujets. 4 - L’idée de partir de souvenirs partagés – ceux des prisonniers – pour aller vers une plateforme d’échanges plus larges n’est-elle pas en train de prendre corps ? Puisse-t-elle ne pas s’arrêter en chemin !


 Annexe 1


Pologne 16 au 21/09/2015 Participants
France
Le groupe français : 3 familles
Pologne


Le groupe polonais : 3 familles avec des Directeurs d’Ecoles et de Musées, des Universitaires, des Elus, des Militaires.


Etienne et Béatrice JACHEET   Georges DELLOYE   Paul et Anne LAFFINEUR   Eric et Charlotte DELLOYE   Philippe et Marie-Thérèse HUET   Noël et Bénédicte de L’HERMITE Bruno de L’HERMITE   Régis et Mireille de TARLÉ   Claire de SEROUX   Christel CHEVALLIER  


Dariusz et Yola CZERNIAWSKI, Adam KOSESKI (Professeur Recteur - Université de Pultusk – spécialiste des Balkans), Gabriela SMOLIJ, professeur de  français, Anna MATUCHNIAK-KRASUSKA, sociologue, petite fille de prisonnier, Docteur MATEJUK, ingénieur en optique, fils d’un prisonnier polonais de l’Oflag IID et sa compagne, Madame ALBERT, professeur de chimie, Adam SUCHOWIECKI, Commandant, Jan Mystkowski et Marek Frydrychowski, fils de prisonnier polonais, Le Père Andrzej LEMIESZKO à Choszczno (vu de loin), Le Père Jerzy STADNIK à Borne Sulinowo, M. le Directeur du Collège aux « Héros de l’Oflag II D », M. Jacek WOJCIECHOWSKI, M. le Directeur de l’Ecole de Szubin, Mr Wieslaw GUZINSKI accompagné de son fils, Mme la Conseillère Municipale de Wałz, M. le Docteur Bołeslaw PAWLOWSKI (AK), Mme Alicja Wuka-Kaczmarek, professeur d’anglais au lycée d’Opole, qui réalise des fresques et son fils Janek, (en liaison avec Dominique SABROUX), Mme KOBYLARZ-BULA, directrice adjointe du musée central d’Opole et son collaborateur, Les 4 dames de service du Musée, Les 2 dames de service de la maison de retraite, Monsieur le maire de Choszczno, Robert ADAMCZIK et son épouse, Capitaine KRISTOV et Lieutenant CAMILLA, Adjutante DOROTHEE du Régiment d’artillerie de Choszczno, Des habitants de Grünberg et Zippnow.


Annexe 2


Pologne 16 au 21/09/2015
Chronologie du Pèlerinage – Un programme très dense et documenté 


Mercredi 16 septembre
PARIS - BERLIN ou BRUXELLES - BERLIN  - GRÜNBERG - CZAPLINEK - BORNE SULINOWO Venant de Bruxelles ou de Paris nous nous retrouvons à l’aéroport de Berlin Schönefeld et nous répartissons dans les 2 minibus loués par Etienne Jacheet et Régis de Tarlé.  Sur la route de BORNE SULINOWO nous faisons une première halte à GRÜNBERG, en Allemagne non loin de l’Oder, près d’une grande ferme, où l’on est certain que des prisonniers de l’Oflag IIB se sont arrêtés lors de leur « longue marche » vers l’ouest en février 1945. Près de la ferme, un château, domaine de la famille Von Stülpnagel. Etienne parle avec des habitants, dont l’un est né à Arnswalde et nous profitons de cette halte pour pique-niquer au bord de la route. Deuxième halte à CZAPLINEK, en Pologne, non  loin de notre but, au bord d’un beau lac puis nous nous arrêtons près du débarcadère pavé à l’entrée de Borne Sulinowo où étaient déchargés les convois de chars allemands venant effectuer des manœuvres avant guerre au camp de Gross-Born. Nous arrivons à BORNE SULINOWO vers 17 heures 30. Nous sommes chaleureusement accueillis par le directeur du musée de l’Oflag IID, Dariusz CZERNIAWSKI qui nous installe dans nos chambres au-dessus du musée. Nous allons dîner à l’ancien hôpital allemand, aujourd’hui maison de soins pour la sclérose en plaques et maison de retraite. Nous y sommes accueillis par nos amis polonais (une quinzaine de toutes origines ; les hommes pratiquent courtoisement le baisemain, bien oublié chez nous) Table superbe : petits drapeaux de France, de Pologne et d’Europe – Menu pantagruélique : potage, poisson frit, escalope, rôti froid farci, charcuterie, salades, céleri, betterave, pommes de terre, fromage … vin, bière – Il en sera ainsi chaque jour.  A la fin du dîner, Dariusz propose un tour de table où chacun se présente ce qui permet de mieux se connaître et de créer les premiers liens. A retenir : Un voyage « quasi » officiel, un accueil chaleureux.


Jeudi 17 septembre
Matin A BORNE SULINOWO  - Collège - Musée - Tour de la ville et des abords en voiture
Après-midi à  kms au sud de la ville : - Visite du Camp Oflag IID de GROSS-BORN  - Cimetières russes
Matin : Après un copieux petit déjeuner sur place, nous sommes accueillis par le Directeur du collège « aux Héros de l’Oflag IID », tout proche du musée. Minute de silence devant les plaques commémoratives. (voir photos). Le professeur KOSESKI, recteur de l’Université de PULTUSK remet un cadeau au directeur. Celui-ci nous emmène ensuite dans une salle de classe d’une vingtaine d’élèves (dont le 3ème fils de Dariusz, Kasper). Devant un crucifix et l'emblème de la Pologne, mis à l’honneur sur le mur, ils sont en train de suivre un cours d’histoire sur les deux totalitarismes du 20ème siècle, nazisme et communisme. (voir photo). Nous retournons au Musée, qui appartient au Collège et bénéficie de l’aide de la Ville. Dariusz nous y présente l’histoire de la ville de BORNE SULINOWO. A sa demande et celle d’Anna, sociologue, Etienne JACHEET, Georges DELLOYE et Régis de TARLÉ donnent ensuite un témoignage sur ce qu’ils savent de la captivité de leurs Pères. Etienne a donné au Musée un uniforme de son Père qui est exposé, et remet, devant tous, de la part de la famille RATEAU à Dariusz une « Schubinette » d'époque, fourneau individuel portatif, dont le nom vient du camp de Szubin, fonctionnant au papier et très efficace, et une peinture réalisée par le lieutenant RATEAU.  Pause café, puis tour de la ville en voiture avec ce qu’il reste comme traces des époques militaires allemandes de 1900 à 1945 et soviétiques de 1945 à 1992, avant  la naissance de la ville nouvelle de l’époque civile, polonaise, depuis 1993. Dans les rues des panneaux historiques retracent cette histoire. On nous fait remarquer que les bâtiments allemands ont des toits à double pente et les bâtiments soviétiques des toits en terrasse. Nous passons devant les casernements et les bâtiments de services (silos, habillement…) et nous nous arrêtons au mess des officiers dit « le casino », bâtiment délabré aux proportions grandioses qui s’orne encore sur les frontons d’un bas-relief de Charlemagne et d’une Diane Chasseresse en hommage à « Goering » chasseur… Un peu plus loin un couvent de Carmélites, la poste, l’église, un magasin. Nous déjeunons à l’Hôpital.


A retenir : Une commune de 21 000 hectares sans population civile pendant près d’un siècle : Ecole d’artillerie de la Wehrmacht (15000 habitants, 50000 lors d'une visite d’Hitler en 1938 pour assister à des manœuvres) puis pendant plus de 40 ans garnison soviétique (25000 habitants). Pendant ces deux périodes, la ville fut interdite aux polonais puis, depuis 22 ans, une ville nouvelle s’est créée avec une population venant de toute la Pologne, cherchant un nouvel équilibre économique (services, tourisme de mémoire et tourisme de nature). Nombre d’habitants : environ 4 600. 140 emplois à l’hôpital.


Après-midi Nous partons pour le site du camp de GROSS-BORN à 15 kms au Sud de BORNE SULINOWO. Belle route : forêts, rivière à droite, charmilles (loup ? en tout cas gibier et champignons !) Nous nous arrêtons à l’entrée du camp : parking, carte-panneau. A côté du monument polonais commémorant le camp de l’Oflag IID, un monument français a été érigé en 2003 – Dariusz et Etienne nous en rappellent l’histoire.


L’Histoire  Le camp, sur terrain sableux et nu d’environ 15 hectares, entouré de 3 côtés de forêt et ouvert au sud, a été construit pour, vraisemblablement, loger les ouvriers ayant construit les casernements voisins de Westphalenhof. Les officiers français y furent installés en juillet 1940 (6 000 au début puis 3 000). A ceux-ci ont succédé en mai 1942, les officiers Polonais, les Français partant à ARNSWALDE. Les Allemands avaient estimé qu’il y serait moins facile de s’évader, alors qu’à GROSS-BORN le sable avait permis de creuser des tunnels (évasion de Cuniac, et Rabin mort pour la France, et d’autres encore…). Quatre blocs de 18 baraques de 48 prisonniers (16 châlits à 3 niveaux) Aujourd’hui ne restent que des bouts de fils de fer barbelés, des briques, des replats (terrains de sport) et, tout proche, le premier cimetière russe (950 corps). Les Français voyaient les charrettes transportant les corps nus et décharnés des Russes provenant du stalag voisin. Aujourd’hui la forêt de pins et de mélèzes recouvre tout le terrain.


La Mémoire Lors des premiers voyages des Français, il n’y avait pas de stèle, la polonaise a été érigée en 1998, à l’entrée. Grâce à l’action de nos amis polonais de l’AK et avec la participation financière de l’Amicale, une stèle française rappelant les Français prisonniers de l’Oflag IID a été érigée. Elle est en granit de Silésie. 


Cérémonie Devant le monument français une gerbe fut déposée par Eric DELLOYE et Marie-Thérèse de TARLÉ, puis des bougies furent allumées par tous les membres des familles de prisonniers – Une minute de silence précède « la Marseillaise ». Devant le monument polonais Anna et Jan déposent une gerbe. Après avoir allumé des bougies, les Polonais respectent une minute de silence puis chantent l’hymne polonais accompagnés par Etienne JACHEET qui l’a appris phonétiquement (texte joint).


Visite Partis du talus du chemin de fer, à l’arrivée au camp, nous marchons de 500 à 600 mètres sur un chemin forestier jusqu’à une grande Croix Métallique (minute de silence). Etienne nous explique l’emprise des baraques, les limites du Camp, le terrain de sport, le premier cimetière russe, tout en parcourant le site. Nous y voyons des trous de sanglier. Certains d’entre nous ramassent un bout de barbelé et un peu de bruyère pour les déposer sur la tombe de leur parent prisonnier au retour en France.


Retour aux voitures. Nous allons ensuite auprès du grand cimetière russe un peu plus loin. 9 000 corps représentés par des centaines de croix de bouleau à l’infini dans le sous-bois, sans aucun nom. Très impressionnant.  Nous faisons une minute de silence et récitons le « Notre Père ». Retour au soleil couchant qui fait flamboyer les troncs des pins, tandis que déjà dans la pénombre, un étang voisin s’endort.


Vendredi 18 septembre
Matin - Château Wedel à TUCZNO - Abbaye cistercienne à BIERZWICK - WOLDENBERG - DOBIEGNIEW
Après-midi - CHOSZCZNO//ARNSWALDE - caserne - ville = environ 110 km Retour
Matin Le commandant Adam SUCHOWIECKI, historien et photographe, nous conduit vers ARNSWALDE, aujourd’hui CHOSZCZNO.


1er arrêt : dans la ville de Mirosławiec, le mur de Poméranie (équivalent de la ligne Maginot) construit dans les années 30 par les Allemands. Exposition d’un avion Sukhoï, de canons, d’un char T34. Adam nous donne les explications.


2ème arrêt : Abbaye cistercienne qui appartenait à la route européenne cistercienne.  Seule l’église reste en bon état. 3ème arrêt : Le château Wedel à Tuczno (famille prussienne dont le chocolat a fait la fortune) qui est maintenant un hôtel. 4ème arrêt : DOBIEGNIEW//WOLDENBERG – Musée de l’Oflag II C, Oflag polonais. 1 baraque musée, qui présente des objets des prisonniers, des châlits, des cartes stratégiques : attaques du 1er/09/39 et 17/09/39 (allemande puis soviétique). Adam nous fait un exposé.


Déjeuner et après-midi
5ème arrêt : CHOSZCZNO Le maire, Robert ADAMCZIK, nous accueille dans un restaurant qui fait face au lac situé dans la ville (voir photo). Il remet à chacun de nous un sac contenant des brochures et des objets souvenirs. Etienne répond à son discours de bienvenue. Pour le déjeuner, à notre table, nous nous trouvons avec le Capitaine KRISZTOV, le  lieutenant Camille et l’adjudante Dorothée, tous mariés. Nous avons de bons échanges en anglais, grâce à Claire et Dorothée. Les militaires appartiennent au Régiment d’Artillerie qui occupe le quartier de l’ancien Oflag IIB. Le Capitaine a été au KOSOVO. Ils sont là depuis plus de 10 ans. Le vendredi est le jour libre pour les soldats, mais eux sont restés exprès pour nous rencontrer.


Au jeu de « citer 3 noms célèbres de notre pays » les trois Polonais citent pour la France « de Funès, Depardieu, Jeanne d’Arc » et nous pour la Pologne (nous avons lu le guide) « Mickiewicz, Chopin, Copernic ». Nous oublions Lech Walesa et Jean Paul II…  Ils nous disent avoir beaucoup d’exercices avec l’OTAN.  Face au restaurant, côté terre, un beau lycée où Gabriela, notre interprète, a été professeur de français pendant 35 ans. Elle nous dit qu’elle n’est pas remplacée depuis sa retraite et que le Français n’y sera plus enseigné.

6° arrêt = Après le déjeuner, rendez-vous au Quartier d’artillerie, ancienne caserne allemande puis ancien Oflag IIB. Des bâtiments de 3 étages avec toits en pente (caves et greniers), encadrant une vaste cour sauf sur un côté, où se trouve un vaste hangar qui servit de Chapelle et de salle de spectacle pour les Prisonniers : 1 fronton de pelote basque ; quelques arbres envahis de corbeaux (« Les Rossignols d’Arnswalde »). Ceint de barbelés au plus près des bâtiments, le camp abritait les 3 000 prisonniers français venant de Gross Born, succédant aux Polonais qui avaient permuté avec eux. Le Camp est pratiquement dans la ville. On en voyait les maisons et l’église. L’impression d’enfermement devait être au moins autant sinon plus sensible qu’à Gross-Born. Pour commencer, cérémonie et dépôt de gerbe près de la flamme du Souvenir à l’entrée du Quartier. Deux artilleurs au « présentez armes » encadrent le Rocher où sont vissées une plaque en Polonais et en Français rappelant le camp. Dépôt de gerbe par Bruno de l’Hermite et Georges Delloye. (voir photo). Minute de silence. Visite de la salle de spectacle (voir photo) et des Blocks 2 puis 1. Le père d’Etienne était chambre 325, non loin de celle de Ferdinand de Tarlé qui était à la chambre 320. Nous visitons la 220. 48 places par chambre en général (16 châlits de 3 niveaux), 1 salle de douche collective par étage, lavabos en auge métallique, toilettes. Sobre mais propre. Certaines pièces sont encore utilisées mais 450 hommes seulement aujourd’hui, contre 3 000 à l’époque.  Etienne évoque les 2 appels par jour dans la cour (voir photo) et les incidents lors du comptage ou d’évènements extérieurs (libération de Paris). Il évoque aussi les nombreuses activités auxquelles se livraient les prisonniers (sport, études, théâtre, artisanat, sculpture, peinture, culte, journal interne, radios clandestines). A Arnswalde peu d’évasions. Etienne évoque enfin l’évacuation du camp le 29 Janvier 1945, les Russes arrivent début Février. Ce fut le début de la longue marche, terminée par les uns à Bergen et pour les autres à Soest, et la fin de la captivité.  Longs adieux sincères aux cadres du régiment, la fille de l’Adjudant Dorothée, âgée de 8 ans, court partout. 7° arrêt = Direction le monument du Camp installé en centre ville et découvert par les français lors du 1er voyage de 1993. Dépôt de gerbe par Etienne Jacheet et Régis de Tarlé. Minute de silence. 8° arrêt = Direction enfin l’église Jean Paul II, moderne, vaste et élégante dans ses murs et piliers de béton clair et sa charpente de bois en berceau. La barque de Pierre ! Nous ne pouvons rencontrer le curé, le Père LEMIESZKO qui préside l’office religieux, mais déposons une dernière gerbe et prions devant la plaque rappelant l’Oflag, contre le mur extérieur de l’Eglise. (voir photos). Juste à côté, plaque rappelant la catastrophe aérienne de Smolensk en 2010 où disparurent le président polonais et plusieurs ministres du gouvernement.


9e Arrêt : La gare par où arrivèrent les prisonniers français en provenance de Gross-Born en 1942. Elle est toujours en activité. C'est la ligne de Szczecin (Stettin). 
Il est tard. Retour d’une traite à Borne Sulinowo (100 kms), dans la nuit. Dîner à l’Hôpital. Repos mérité.


Samedi 19 septembre
Matin - Conférence au Musée
Ce samedi matin est consacré à des conférences et des échanges sur l’œuvre du Souvenir et son rôle aujourd’hui (traduction Anna et Gabriella). - Enquête sociologique auprès des familles (Anna). - Le musée de Borne Sulinowo (Dariusz) - Le musée Central des prisonniers à OPOLE (sa directrice adjointe) - Le site de l’Amicale (Etienne).  - L’école de SZUBIN, pour jeunes difficiles, qui fut l’Oflag XXIB (le directeur).


Les conférences portent sur les outils de la mémoire des camps de prisonniers (recherches scientifiques, livres, site internet, musée, enseignement) et leur portée dans la cohésion sociale et l’éducation.  Il faut souligner que si aucun musée des prisonniers de guerre n’existe en France, la Pologne a construit un musée Central (Opole) et plusieurs musées « locaux » (dont Borne Sulinowo, Szubin, Woldenberg…). Un développement sur les conditions respectives de détention des officiers polonais ou/et français aurait été intéressant, quant on sait que les Russes ont été littéralement martyrisés par les Allemands. Nous aurions dû échanger à ce sujet avec les fils de prisonniers polonais présents. Il faut souligner que la connaissance des sujets par la délégation polonaise, souvent savante, répondait largement à notre ignorance.


Après-midi  - WAŁCZ
Départ pour WAŁCZ, sous la direction d’Adam, notre commandant historien et photographe. Nous prenons devant la gare de WAŁCZ, une Conseillère Municipale de la Commune, fort avenante et visitons ensuite un musée du « Mur de Poméranie » déjà évoqué. En plein air, canon de DCA, transporteurs de troupes blindés, dépanneur de chars, camions divers, allemands ou soviétiques, certains modèles sont toujours en service. Dans le musée, exposition sur l’équipement et l’armement individuel du soldat polonais, russe, allemand. A noter la combinaison blanche d’hiver du soldat allemand avec une moufle droite à deux doigts, l’un pour tenir l’arme, l’autre la gâchette. Adam nous explique sur les panneaux extérieurs l’organisation du mur en bastions distants de quelques kilomètres.et alignés du Nord au Sud face à l’Est, pour stopper l’Armée rouge.    Adam nous décrit l’assaut de cette Armée, fin janvier – début février 45, et nous mesurons qu’elle talonnait les colonnes de prisonniers partis fin janvier de l’Oflag IIB. Cependant l’Oder arrêta provisoirement l’offensive soviétique et les prisonniers ne furent pas rejoints. Nous visitons enfin le blockhaus attenant qui abritait une soixantaine d’hommes. Si l’entrée du blockhaus a été explosée, il est aménagé pour la visite (électricité). Cette visite de pièces exigües sans lumière du jour laisse songeur. Départ en remontant vers le Nord, en forêt, halte sur une clairière en bord de route, avec un char T34 et un canon. Dans le bois, restes de blockhaus et de tranchées. Le sentier nous conduit jusqu’à un sapin « Douglas » géant et plus loin, deux tilleuls imposants. Ces arbres sont classés « Monuments historiques » ou l’équivalent. Beau moment dans la forêt au soleil couchant. Nous déposons la Conseillère dans le hameau forestier où elle demeure. Retour à la nuit.       

                                                                                                                                 
Dimanche 20 septembre
Matin - Eglise de BORNE SULINOWO : Messe
Le dimanche matin, Dariusz et Etienne sont en cravate et nous nous efforçons d’ajuster nos tenues pour aller à la messe de 10h30. L’Eglise est une ancienne salle de cinéma soviétique ; le presbytère, les salles paroissiales et la chapelle datent de l’époque allemande (cantine ?). L’office est dit par un prêtre âgé, le Père STADNIK que connaît bien Etienne. L’Homélie est faite par un jeune prêtre polonais en mission en Bolivie. Ses gestes sont très expressifs mais la langue nous échappe (en fait, il raconte sa mission). L’Assemblée – 200 personnes mais peu de jeunes – chante de bon cœur. Impression de cohésion sociale : est-ce une illusion ?  Après l’office nous nous retrouvons avec le vieux prêtre dans la chapelle « dédiée aux Prisonniers de l’Oflag IID » où nous sont présentés deux objets : Au dessus de l’Autel, un triptyque, fait par un prisonnier polonais de l’Oflag IIE de Neubrandenburg et transporté au IID par les prisonniers polonais transférés depuis l’Oflag IIE. Il représente la Vierge et l’Enfant Jésus encadré à gauche par les rois de Pologne, à droite par les corps de métiers de Pologne. L’ensemble est en papier mâché bruni, sauf l’auréole de la Vierge en boîtes de conserve. L’expression de la Vierge, les yeux demi-fermés, est pleine de bonté grave, l’enfant Jésus plus souriant. L’œuvre est saisissante. Le second objet repose sur un petit socle accroché au mur de gauche de la chapelle, au niveau de l’autel : c’est une tête de Christ aux douleurs, en papier mâché, réalisée par un prisonnier français de l’Oflag IID, le Lieutenant Adolphe TILLARD qui, devant la misère et la mort de nombreux prisonniers russes très proches du camp, et qu’il ne pouvait pas ne pas voir, a réalisé alors cette sculpture très poignante.


Après-midi « LE BUCHSEE »
L’après-midi du dimanche, dernier jour en Pologne, Etienne nous conduit au bord du BUCHSEE, petit lac situé à quelques centaines de mètres de l’Oflag où quelques rares fois se baignèrent certains prisonniers (cf. photos dans le site de l’Amicale). Un embarcadère permet de s’avancer un peu dans les roseaux – Un panneau rappelle les règlements de la pêche.


La gare de ZIPPNOW Nous allons ensuite au hameau de ZIPPNOW, où se trouvait la gare d’où plusieurs évadés, dont Paul de Lardemelle, avaient pris le train après une nuit d’attente entre l’Oflag et cette gare à l’issue de leur sortie par tunnel. Au carrefour de routes – il pleuvine – nous cherchons à identifier le bâtiment. Etienne demande à des habitants. Leurs familles sont arrivées de l’Est en 1945, après le départ des Allemands et ils assurent que la gare a été détruite par les russes vers 1970. Pourtant une maison de briques inoccupée porte, à demi effacé, un nom de lieu, et le tracé de la voie est très apparent. 


WESTFALENHOF
Nous revenons par « Westfalenhof » – un vrai quartier de ville abandonnée avec ses rues envahies de végétation ; ses bâtiments sans fenêtres émergent à peine de la forêt qui n’a pas attendu pour reprendre ses droits –  Dans ce quartier existait un block de baraques de bois appelé » le protectorat » dans lequel furent logés pendant quelques mois, les prisonniers du block 4 (entre autres, ceux qui furent capturés à Dunkerque dont Georges Delloye - Michel Sirot en parle dans son livre « Souvenirs d’un officier prisonnier en Poméranie pages 27, 28, 29 et 35-. Etienne Jacheet nous montre l’endroit du « protectorat », mais la nature ayant repris ses droits, nous le croyons sur parole.  Impression un peu surréaliste de ce quartier – qui dit bien la folie des hommes. C’est tout ce qu’il reste d’un quartier militaire allemand puis soviétique. Un seul bâtiment a été rénové qui abrite des ouvriers forestiers et leurs familles.


Soir - Dîner - Toasts  - Echanges
Retour à l’Hôpital de BORNE SULINOWO, pour le « dîner officiel ». La table est soignée comme au premier jour. Le personnel est revenu exprès le dimanche soir pour servir. Les 4 dames du Musée sont là sur leur 31. Madame Dariusz est présente. Le dîner est joyeux. A la fin du repas, Dariusz nous dit l’importance de ce type d’échanges pour le souvenir et pour l’avenir et sa foi dans son pays malgré les difficultés. Etienne le remercie au nom de l’Association, puis s’établit un échange sympathique entre les participants. A deux reprises, Dariusz doit rappeler qu’il est tard et que la journée du lendemain sera longue si bien que la séance est levée dans la bonne humeur.  Une fois revenu au Musée, Adam donne à chacun un cadeau personnalisé, dans lequel les insignes militaires soviétiques et les CD de chants militaires ont leur place.  Il passe sa veste d’uniforme et sa chapka à Bruno de L’Hermite tout sourire. Photos. Tout le monde est enchanté. Régis de Tarlé remercie ceux qui nous ont reçus et remet à Dariusz une enveloppe pour le Musée ainsi qu’un petit cadeau aux quatre dames de service.


Lundi 21 septembre 2015
Matin Adieux et émotion souriante. Grands saluts quand les minibus partent. Dziękuję = MERCI ! La délégation française « éclate » à Berlin, les uns restant, les autres partant soit pour Paris soit pour Bruxelles.  Merci à Dariusz et Yola, à Etienne et Béatrice qui depuis 20 ans, année après année, bâtissent cette plate-forme d’amitié franco-polonaise à partir du souvenir de nos pères, beauxpères ou grands-pères. A notre retour en France, Dariusz via Etienne, nous envoie un article de presse avec photo et une vidéo d’une chaine polonaise relatant notre voyage, décidément quasi officiel ! mais surtout émouvant et passionnant. Familles de prisonniers, suivez l’Amicale à Borne Sulinowo et à Choszczno ! C’est un bel hommage à leur rendre.


Annexe 3 
Témoignage d’Eric Delloye
Notre but  Nous sommes venus en Pologne pour découvrir les différents sites où ont vécu durant 5 ans notre père et notre oncle. Cela était prioritaire, visiter d’autres lieux de mémoire ou faire du tourisme n’était pas notre but.
Notre ressenti  Nous avons foulé les endroits où ils ont vécu, ce qui nous a permis de nous faire une idée approximative de la vie à Gross-Born et Arnswalde : la promiscuité intense ne devait pas être facile à vivre tous les jours. Pour moi, Eric, cela devait être insupportable !!!
Nous aurions aimé voir où étaient situés exactement les « Barackes » ou « Blocks » dans lesquels ils ont vécu. Hélas, pour l’un à Gross-Born, pour l’autre à Arnswalde, des doutes surgissent ; des archives familiales détruites en sont surement la cause.
Nous aurions aimé parcourir en voiture (bien sûr) le tronçon du retour Arnswalde - le pont de l’Oder - pour tenter de nous imprégner des souffrances endurées. L’idéal serait de faire ce trajet à pied, mais l’âge venant…
Nous avons aimé la compagnie de tous les membres de la famille de Tarlé ; nous avons pu échanger sur tout et rien et apprendre des faits que la famille Delloye ne connaissait pas. L’agréable ambiance nous a permis de transformer ce pèlerinage en voyage d’agrément dont nous garderons un excellent souvenir.
Nous avons apprécié Etienne Jacheet et son épouse pour l’organisation des transports, de l’hôtellerie, pour ses explications, pour les petites histoires de cette grande histoire.
Nous avons aimé l’accueil très chaleureux de tous les Polonais et avons compris les reproches qu’ils font à la France.

Nous n’oublions pas non plus Dariusz, intéressant, ni tout ce petit monde qui gravitait autour de nous.
Conclusion Nous avons appris beaucoup, mais nous sommes encore sur notre faim, sans doute parce que nous n’avons pas posé les bonnes questions aux acteurs de l’époque qui ont hélas aujourd’hui disparu.

Eric DELLOYE


Annexe 4
« Mazurka de Dąbrowski » 
ou Marche de Dombrowski » (en français) Hymne de la Pologne
La Pologne n’a pas encore péri, Tant que nous vivons. Ce que l’étranger nous a pris de force, Nous le reprendrons par le sabre.
Refrain : Marche, marche Dąbrowski  De la terre italienne vers la Pologne. Sous ton commandement Nous nous unirons avec la nation.
Nous traverserons la Vistule et la Warta, Nous serons Polonais. Bonaparte nous a donné l’exemple Comment nous devons vaincre.
(Refrain)
Comme Czarniecki vers Poznań, Après l’invasion suédoise, Pour sauver la patrie Revint par la mer.
(Refrain)
Et déjà le père dit à sa fille Basia Tout en pleurs : « Ecoute ! il semble que les Nôtres Battent le tambour ».
(Refrain)
Cet hymne (texte transmis par Gabriela SMOLIJ) a été écrit en 1797, alors que la Pologne avait disparu en 1795 après le « 3ème partage » de son territoire entre l’Autriche, la Russie et l’Allemagne. Son titre initial était « le chant des Légions polonaises en Italie ». Celles-ci créées à la demande de Napoléon et sous les ordres du Général Dąbrowski espéraient que l’Empereur les aiderait à rétablir l’Etat Polonais. Lors de l’insurrection de 1830-1831 contre les Russes, cet hymne fut « adopté » par les Révolutionnaires et une 3ème fois en 1926 par l’Etat polonais reconstitué en 1919.
Chacun sait que la Marseillaise, composée en gros à la même époque, fut d’abord appelée « le chant pour l’Armée du Rhin ». Il est intéressant de rapprocher les deux hymnes qui rapprochent les deux pays.