Retour & réinsertion
Carnet du retour
du Lieutenant Maurice GUILLON

Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width=
22 avril 1945 : libération des prisonniers français de l'Oflag IIB-IID par les troupes britaniques arrivées à l'Oflag 83
Pour agrandir les photos cliquez dessus ou sur le picto pour l'ouvrir dans une autre fenêtre

Ce qui suit est la copie-mot à mot de mon carnet

Au moment où le récit commence (29 Janvier 1945), je suis prisonnier à l’Oflag Il B à ARNSWALDE, en Poméranie, à 80 Km au Sud de Stettin. Nous avons été transférés là en mai 1942. C ’est une caserne allemande en pierre, entourée bien sûr de barbelés et de miradors. Le climat est dur, les radiateurs fonctionnent peu.
En janvier !945, les Russes attaquent en Prusse orientale et sur la Vistule (nous avons les journaux allemands
et dans le camp, des postes clandestins qui, par l’agence I.S.F., (ils sont foutus), diffusent les communiqués alliés. Et nous voyons passer sur la route de longues files de réfugiés. Les russes se rapprochent. Le camp va être évacué. la neige couvre la terre ; il fait moins 1O° et le vent est violent.

A partir de ce moment, nous serons à peu près coupés de toutes nouvelles, ce qui explique que dans le récit
il soit peu fait allusion aux événements militaires.
Par contre, il sera souvent question de nourriture. C’était évidemment pour nous une chose essentielle.
Qu’on m’excuse !
Il n’y a pas un mot dans ce récit qui ne soit exact.
C’est son seul mérite...

GUILLON Maurice
Lieutenant moto au 113ème régiment d’Infanterie
Caserne Maurice de Saxe. Blois ( Loir et Cher )
A.C.P.G. Oflag IIB-IID n° 6109

Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width=
Trajet du retour
Pour agrandir les photos cliquez dessus
ou sur le picto
pour l'ouvrir
dans une autre fenêtre

Oflag 83 - WIETZENDORF Oflag 83 - WIETZENDORF
Carnet du retour

1945. Dernière semaine de Janvier. Partir ou ne pas partir...
Quand même, dispositif d’alerte et, le dimanche soir, on fait une luge (1).

lundi 29 janvier 1945
Départ. rassemblement 8 h. Départ à 11 heures à travers ARNSWALDE en train d’évacuer (2),
puis à travers la tempête de neige. Etape très dure dans les chemins de traverse. Arrivée à 11 heures du soir.
La luge mal équilibrée s’est souvent renversée mais a permis cependant d’emporter pas mal de vivres :
5 pains pour JACHEET et pour moi (3). Logés, après 1 heure d’attente dans la neige, dans la paille.
Pas le temps de sortir les couvertures. Ai eu très froid (4). 27 km.

mardi 30 janvier 1945
Etape de 28 km. Traversé PYRITZ à la nuit tombante. Ville en état d’alerte. Neige épaisse ; étape dure.
Très mal logés dans un grand hangar. Je dois " dormir " accroupi, mais bien couvert, ça va (5).

mercredi 31 janvier 1945
13 km seulement, mais après une pareille nuit, très fatigué, je ne tiens pas le coup et JACHEET
doit me réconforter. Touché enfin une " soupe " chaude. Nuit confortable en comparaison des précédentes.

jeudi 1er février
18 km mais rendus très durs car le dégel est venu et tirer la luge par ce temps est un sport !
Le soir, le traîneau a perdu 5 cm de haut et nous sommes, JACHEET et moi, très fatigués. Cantonnement convenable à part ce détail que je suis couché sur le charbon. Je prépare le sac car demain, pas question de luge.

(1) La luge a été faite avec des planches de mon lit, découpées au couteau-scie ! (2) On laissait nos gros bagages qui devaient suivre ( on ne les a jamais revus ). (3) On avait récupéré des pains abandonnés par des camarades... qui ont dû bien le regretter. (4) Jour sans ravitaillement. La luge a perdu 1cm par le frottement. (5) et j’ai eu de la chance : ceux qui sont arrivés plus tard ont couché dehors et il fait moins 1O°. 2ème jour sans ravitaillement.

vendredi 2 février 1945
Chandeleur. Pas question de crêpes aujourd’hui, A 11 heures hier soir, alerte, réveil et à 2heures départ
pour une étape de 25 km. Le sac me coupe les épaules car il est lourdement chargé. Pour comble, la semelle
de ma chaussure se décloue et je dois l’assurer avec une ficelle. C’est comme cela que je termine l’étape.
Alors que les jours précédents nous avons traversé des villages où la population, ma foi accueillante, nous offrait de l’eau chaude, du pain même, aujourd’hui, c’est une étape sur l’autostrade, (6), sans eau, (7). Traversé l’ODER entre 3heures et 4heures : 2 grands bras avec marécages. Le fleuve est gelé ; c’est tout ce que je vois de la route car je me cramponne pour tenir. Le sac est lourd, (8). Les Km s’allongent et les genoux font mal. JACHEET est très fatigué, moi aussi, (9). Touché une soupe chaude. Fait un lait chaud en arrivant. Ça va tout de suite mieux.

samedi 3 février 1945
Repos. JACHEET cuisine un riz délicieux. Pas touché de pain depuis le départ où on nous en avait donné
2,400 Kg. Heureusement que le traîneau avait permis d’en emporter davantage.
Souliers foutus. Décidément j’avais bien fait d’en prendre une 2ème paire. Journée reposante. (10).

dimanche 4 février 1945
Repos. On a l’impression qu’ils ne savent que faire de nous. JACHEET a cravaté un poulet !
on essaie d’en manger cru, ça ne vaut rien. Les feux sont interdits.

lundi 5 février 1945
Départ 8h. Etape de 25 km, dure. Mes épaules me font grand mal et mes genoux aussi.
1ère partie sur l’autoroute et fin sur de mauvais pavés ou dans une boue épaisse. Logés dans une bergerie.
En arrivant, cuisson délicieuse. (11 et 12).

(6) Autostrade Berlin-Stettin. (7) Certains mangent la neige, mais quelles coliques. (8) BOUDOT abandonne
une belle couverture. Je la prends. (9) Sur les 800 de la colonne, nous arrivons peut-être une vingtaine.
(10) Nous sommes dans une grande ferme, couchons dans le hangar parmi le seigle non battu. On en mange,
le grain ( cru bien sûr). (11) Du poulet capturé la veille. (12) Jusqu’à la traversée de l’Oder, les gardiens n’en menaient pas large, ayant peur d’être prisonniers à leur tour ( à PYRITZ le 2ème jour on entendait le canon). Certains en ont profité pour quitter la colonne ? Peu ont réussi à rejoindre les Russes. Les autres, après une vie errante, nous ont rejoints à l’oflag 83. La colonne est gardée avec des chiens qu’on n’hésite pas à lancer sur nous. Un camarade est mordu au bras près de moi.

mardi-gras 6 février 1945
Repos. De plus en plus, impression qu’on est embarrassé de nous. Toujours pas de pain et ces Messieurs
sont au regret, mais ... touché pourtant une soupe mais c’est maigre.

mercredi 7 février 1945
10ème jour d’exode et 7ème étape. 18km dont la dernière partie sur la route alors qu’hier, jour faste,
nous avons eu 3 soupes à l’avoine, 1/4 de bouillon et c’est tout et pas de pain. Bergerie.

jeudi 8 février 1945
1/4 de bouillon chaud et 1pain pour 9, voilà tout ce qu’on touche ; avec cela, en route pour la 8ème étape et le 11ème jour de balade. La question nourriture devient grave : marcher avec çà ! eux, ils regrettent beaucoup, mais ne peuvent faire mieux ! Quand cela finira-t-il ? Notons qu’hier nous avons traversé plusieurs villages accueillants où les gens donnent sans contre-partie ce qu’ils ont. Il y en a qui ont bon cœur.
Traversé à midi PRENTZLAU, ville importante, (13). Grosse activité aérienne au camp près de la ville.
Cantonné dans un petit village à 14 km. Etape d’aujourd’hui 22 km, çà va, à part mes chevilles emportées.
Le temps était favorable, ni trop froid, ni pluvieux. La campagne est beaucoup plus accueillante
qu’à GROSS-BORN : silhouettes de clochers dans un paysage doucement mamelonné, champs, bois et bosquets, visage sympathique.

vendredi 9 février 1945
12ème jour d’exode. Repos dans une petite ferme. Avons couvert 176 km depuis ARNSWALDE.
Jour faste pour la nourriture. Bien logés dans la petite ferme.

samedi 10 février 1945
13ème jour d’exode. Quand nous partons pour la 9e étape, un léger gel a durci le sol ; un soleil clair rend
la marche plus agréable, mais après quelques km, nous quittons la grand-route et la marche sur des pavés
et dans la boue recommence. Après 15 km, halte dans une grange. Cantonnement médiocre.
Total 191 km. Nous pouvons pourtant cuire du riz, (14), et, sous la cendre, des patates gelées, (15),
non sans mal car le bois est vert et il fait triste temps. JACHEET attrape froid. (13) Vu une forteresse volante abattue près de la route. (14) De nos provisions transportées à dos depuis ARNSWALDE.
(15) Récupérées dans un silo ; dans la confusion de l’arrivée, avant la mise en place des gardes et des consignes.

dimanche 11 février 1945
Hier soir, bien que nous soyons arrivés au cantonnement vers 1 heure 1/2, il a fallu attendre 7 heure du soir pour qu’il soit distribué, dans la plus complète obscurité, 1/4 de bouillon puis 2 ou 3 patates en robe.
Est-ce insuffisance ou négligence, les deux peut-être ?. Départ ce matin pour la 10ème étape après une attente très longue qui refroidit les pieds, si bien que, le temps étant froid, il me faut 2 heures pour me sentir à l’aise
et encore ! d’autant plus que mes talons sont toujours emportés et puis les 10 premiers km sont faits sur de mauvais pavés, ce qui est plus pénible. Peu à peu, cependant, ça va mieux et après la traversée de FELDSBERG, ce qui double les 200 km, je ne sens plus les pieds. Nous longeons un grand lac et arrivons à l’étape pas trop tard. Surprise agréable : une soupe chaude nous attend : c’est la 1ère fois. Logés dans une grange, pas trop mal.

lundi 12 février 1945
Nuit médiocre car il a gelé dur et je suis près de la porte qui ferme mal. Repos aujourd’hui pour le 15ème jour d’exode. Toujours sans précision sur notre sort après 211 km.

mardi 13 février 1945
Mardi gras ! Je suis couché près de la porte de la grange qui, mal fermée, a laissé entrer la neige et je me suis réveillé avec la paille de mon "lit" couverte de neige. J’avais bien senti le froid et plutôt mal dormi !
Repos ici. Il fait froid. Il faut rester dans la grange, enfoui dans les couvertures sans même pouvoir se laver.

mercredi 14 février 1945
Bonne nuit. Toujours ici. Soupe un peu moins mauvaise.

Jeudi 15 février 1945
Rejoints par un gros détachement de traînards. Parmi eux GRIVEAU et MENANT. Beaucoup mieux traités,
ils sont passés par l’Oflag belge, ce qui nous a permis de fumer.

vendredi 16 février 1945
La journée d’hier a été désastreuse ou moi : j’ai perdu dans la paille tout ce que j’ai voulu ! situation stationnaire.

samedi 17 février 1945
La question nourriture reste toujours la préoccupation essentielle de tous car les vivres alloués sont uniquement des pommes de terre et en petite quantité. Hier, comme "ils" ont donné une soupe chaude,
le soir " ils " ont supprimé le pain ! Temps frais.

dimanche 18 février 1945
Finie, la pause ! Le soleil se lève rouge et Il gèle assez fort lorsque nous partons de cette ferme où nous partons
de celle où nous sommes depuis 8 jours. Etape de 18 km environ, pas désagréable car pour la 1ère fois, je n’ai pas de sac ! Cantonnement dans une ferme où nous faisons cuisine.
Traversé une forêt splendide où sapins et hêtres rivalisent de beauté – et les faines sont bonnes !.

lundi 19 février 1945
12ème étape. 25 Km pénible ; pour moi, c’est long et la nourriture est composée uniquement de quelques patates ; plus de sucre ni de bonnes choses qui nous soutenaient au départ d’ARNSWALDE et ce n’est pas 3 patates qui soutiennent. Cependant la nuit fût bonne… sous une batteuse !.

mardi 20 février 1945
13ème étape. Départ 11 heures 30 après une soupe chaude exigée par le Colonel ! C’est la 1ère fois.
On parle d’embarquement en chemin de fer, mais sait-on jamais ? Le chemin est de 14 Km
que je trouve bien longs. Logement chez la baronne, (16), dans une grande ferme à 9 Km de WAREN.
Nuit exécrable cependant parce que trop serrés, (17).

mercredi 21 février 1945
On ne se défend pas mal. Ce soir, vive Henri IV, (18).

jeudi 22 février 1945
Coup de main sur pommes de terre, (19), et ce soir j’ai du pain grâce à JACHEET, (20).
(16) Ainsi est baptisée la propriétaire. (17) C’est là que j’ai vu un surveillant en tenue impeccable…
et les polonaises pieds nus, vêtues de chiffons, raclant la boue : maître et esclaves ! (18) JACHEET a capturé une poule ! (19) Il s’agit, bien sûr de récupération. (20) Le dépôt de pain, dans un bâtiment, était gardé par devant. Mais un camarade s’est introduit par une lucarne de derrière et bien des boules de pain ont disparu
par cette ouverture !

vendredi 23 février 1945
Touché hier matin un colis américain par personne, (21). Quelle richesse et quelle volupté de griller quelques cigarettes. Je passe la plus grande partie de mon temps à cuisiner sur un feu de campement :
pommes de terre sous la cendre ou en. purée, j’en absorbe des quantités...

samedi 24 février 1945
Le séjour chez la " baronne " continue, ce qui lui coûte cher : pour le feu de campement, tout ce qui est bois disparaît. Nous partons demain par la route : 25 km paraît-il.

dimanche 25 février 1945
Dans la nuit, contrordre : c’est par le train que nous partons ; j’aime autant ça. Embarquement à WAREN
après une étape de 10 km. Ville encombrée de réfugiés dont les charrettes passent depuis des jours.
Aux issues, il est visible que l’on attend du monde, (22). Embarquement dans un wagon de voyageurs,
mais à 12 par compartiment. Le train part vite et file. Dans la nuit, entrevu les ruines d’un port, (23).
Ville fantôme, ville morte ou ne subsiste nulle vie. Guère question de dormir sans courbatures.

lundi 26 février 1945
Dans la matinée, débarquement à, BREMERWORDE. Et, après une attente interminable, en route !
Etape dure, (24), dans le crachin à travers un morne pays d’Europe du Nord : bois maigres de sapins, tourbières, étendues inondées et sur tout cela un ciel livide et froide. Arrivée au Stalag XC, (25). Parquages dans de grandes baraques sur le sol nu et nous sommes surpressés. La nuit est bonne pourtant malgré le sol dur.

(21) Colis de la Croix Rouge. (22) Barrages de troncs d’arbres, ouvrages défensifs. Hambourg avait été bombardé très fortement. (23) Hambourg avait été bombardé très fortement. (24) En nous voyant passer, des prisonniers, des civils même, nous apportent des seaux d’eau. Les gardiens les renversent ! (25) Fouille très poussée.

Mardi 27 février 1945
On attend, (26). Resterons-nous ici ? Non, paraît-il. En tout cas, les rations sont encore diminuées : 1 pain pour
8 et 235 grammes de pommes de terre ! par contre, la soupe est nettement plus abondante qu’à ARNSWALDE.
Le Stalag est immense et contient Polonais, Russes, Italiens... Nous sommes très resserrés.

mercredi 28 février 1945
Touché une carte de correspondance, enfin ! On a dû être inquiet chez moi. JACHEET m’occupe à fabriquer
une choubinette, (27), histoire de tuer le temps. JACHEET est malade : pointe de bronchite, (28).

Jeudi 1er mars 1945
Par détachements de 200, les départs ont lieu vers le nouveau camp. Pluie toute la soirée.
Je fais partie du dernier détachement. Je reste confiné dans la baraque.

(26) Les barbelés sont à 1 mètre de la baraque. Cafard. (27) C’est un réchaud fabriqué avec des boîtes
de conserve et fonctionnant au papier ! (28) On a pris une douche.

vendredi 2 mars 1945
Nuit très froide avec un vent de tempête. JACHEET, toujours couché, doit me quitter pour l’infirmerie,
à mon grand chagrin. Il y a plus d’un mois que je ne me suis pas déshabillé. Les étapes sont bientôt terminées.

Si je devais tirer quelques conclusions de ce long voyage, je dirais :
1) porter toujours à portée de la main de quoi manger et se couvrir,
( faute de cela, j’ai couché sans couverture la 1ère nuit).
2) A l’arrivée au cantonnement, aller reconnaître les lieux car c’est à ce moment qu’il y a quelque chose
à grappiller, ( cela, je l’ai mis en pratique).
3) J’ai été étonné de ma résistance, ne me croyant pas capable de supporter de telles fatigues.
4) Profiter des moindres moments pour se reposer et manger, (cela, faute de ravitaillement, je n’ai pu,
hélas le mettre en pratique).
5) Ceux qui sont disciplinés comme moi sont désavantagés par rapport à ceux qui lambinent et trouvent
à glaner, alors que j’ai toujours suivi la colonne, mettant un point d’honneur à faire toutes les étapes à pied.
Ainsi ceux qui tirent au cul ont eu de bonnes occasions de ravitaillement - amère déception.
6) Contrairement à ce que voulait faire JACHEET, nous avons suivi docilement. Ceux qui sont restés
en arrière ont eu moins de peine et beaucoup plus d’avantages. Je regrette de ne pas m’être arrêté en chemin
et d’avoir continué malgré l’insistance de JACHEET, (29).
7) Je suis fatigué, très fatigué, JACHEET aussi. J’ai lu ( pour la 1ère fois depuis le départ) moi qui lisais tant. Mais je n’arrivais pas à m’intéresser aux quelques notes que j’ai pu sauver.

samedi 3 mars 1945
Beaucoup d’avions dans le ciel qui brillent au soleil. Excellentes nouvelles du front de l’Ouest.
Anniversaire (8 ans) du fils de JACHEET, que nous fêtons de notre mieux, ce qui est fort peu, hélas !.

dimanche 4 mars 1945
De mieux en mieux. La ration de pain est ramenée à 1 pain pour 9 ( ce qui fait 200 g).
La famine à bref délai. Demain épouillage puis départ. Il ne reste pas grand-chose du colis américain.
Cuisiné toute la soirée : riz et saumon, quel bon repas !

(29) Là, j’avais tort de penser cela : ceux qui sont restés en arrière en attendant les Russes ont ou avec eux
des contacts un peu rudes ! non seulement on leur a pris tout ce qu’ils avaient, mais encore ils ont été traités rudement, surtout au début.. . et ils sont rentrés par Odessa en juillet !

lundi 5 mars 1945
Pour la 1ère fois depuis 35 jours, j’ai quitté mes vêtements pour l’épouillage. Dans quel état ils se trouvent : chemise noire, chaussettes sans talon ni bout, caleçon crasseux. Mais l’eau de la douche a semblé bonne.

mardi 6 mars 1945
Nous avons fait du feu dans la baraque et la nuit a été excellente. Départ pour la gare, (30). Encore 12 km. Enfermés immédiatement à 50 par wagon. Impossible de se déplacer et obscurité complète.
Quelle nuit épouvantable. Genoux très douloureux ainsi que les fesses. Guère fermé l’œil. vrai supplice, (31).

Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width=
Oflag 83 - WIETZENDORF

Oflag 83 - WIETZENDORF Oflag 83 - WIETZENDORF

mercredi 7 mars 1945
A 6 heure 1/2 le wagon est ouvert. Nous sommes à WITZENDORF, à 150 km au S.W. de LŨBECK.
Temps incertain comme hier, petite risée de soleil, averse, ciel brumeux. Village assez coquet, mais paysage semblable à celui du pays précédent : tourbières, bois, pâturages spongieux. 2 km et nous arrivons à l’Oflag 83.
Il ressemble à GROSS-BORN : baraques dans les bois. Première impression pas mauvaise.
Hélas ! les baraques sont obscures et nous sommes entassés à 58 par chambre. Lavabos inexistants.
Locaux très humides ( et pas de bois ) et habités par des rats qu’on entend crier la nuit et des puces qu’on sent courir sur son corps ? (32). Pas de paillasse ou tellement plate ! GROSS-BORN était un paradis à côté.

(30) Gare de BREMERWORDE. (31) Et la soif ! (32) Le matin, nous avons le corps couvert de piqûres.

samedi 17 mars 1945
Toujours pas de colis américain qu’on attend avec tant d’impatience. Je deviens faible, très faible,
le moindre pas coûte. En effet, les rations sont de famine. Celles prévues sont les suivantes :

par semaine, (33) : viande : 212 grammes margarine : 184 grammes Pommes de terres : 1330 grammes rutabaga : 2 896 g Pain : 1475 grammes farine de seigle : 30 grammes Confiture : 148 grammes fromage blanc : 33 grammes Flocons d’avoine : 63 grammes sucre : 147 grammes Sel : 119 grammes légumes déshydratés : 30 grammes Thé : 7 rammes pois secs : 62 grammes Café : 14 grammes orge : 63 grammes (33). Moins de 3 livres de pain par semaine ! 3 pommes de terre moyennes par jour ! L’essentiel de la ration formé
de rutabagas. Ce n’est pas étonnant Si la faiblesse est grande ! Heureusement que les nouvelles militaires laissent espérer une solution à brève échéance. Nous en avons besoin. Au début de la captivité, les rations étaient bien plus abondantes. Jamais nous n’avons eu si peu !.

dimanche 18 mars 1945
Les alertes sont continuelles et durent des heures pendant lesquelles, confinés dans les baraques,
on entend le roulement incessant de centaines d’avions - bon effet sur notre moral. La fin, la fin et vite !.

dimanche 25 mars 1945
Cette semaine, un camarade, DUBIEF, nouvellement arrivé nous a donné ( à JACHEET et à moi ) une tartine
et un morceau de chocolat et payé un café. Merci, mon camarade !. Hier, journée faste : des colis américains sont arrivés, tard dans la soirée et le communiqué annonce l’évacuation complète de la rive gauche du Rhin.
Bonne nouvelle !. Ce matin, je me suis aperçu que mes cuisses avaient fondu terriblement.
Combien puis-je peser ? Il en faudra des bons repas pour rattraper ça. J’en rêve, même la nuit, (34).
(33) Ce sont les rations théoriques car la viande.... (34) Des camarades enflent d’inanition, (tête, jambes).

dimanche 1er avril 1945
Pâques. Ce sont de joyeuses Pâques quand même. Grâce au colis américain, le menu d’hier midi a été choisi
et nous avons eu un chocolat hier matin. Je dois même avouer que, avec JACHEET, nous avons été prodigues ; notre colis américain, touché mardi, est presque liquidé ; nous nous sentons beaucoup plus forts depuis
une semaine. Mercredi, après avoir pris chacun 300 calories de chocolat, (35), nous sommes pourtant restés
des heures sans dormir- effet sur un estomac délabré et vide d’une nourriture autrement riche que le rutabaga ! MAX est venu prendre le nescafé cet après-midi ; il fait des projets de retour car le front du Rhin est percé
et çà ne peut pas durer longtemps. Serait-ce la dernière semaine ?. Aux grandes vacances, je serai chez moi.

mardi 10 avril 1945
C’en est fait : nous partons demain. Les alertes sont continuelles ; de nombreuses escadrilles sillonnent le ciel ;
la canonnade se rapproche et le soir est tout illuminé de bombes éclairantes. Nous allons donc fuir devant l’invasion américaine comrne nous avons fui devant le flot russe il y a 2 mois 1/2. et nous serons accompagnés des camarades de NIENBURG, (36), venus nous retrouver ? ça m’ennuyait de partir, mais réflexion faite,
tant mieux ! et vive l’aventure ! Bouclons le sac qui est vite fait , la route est belle et le soleil brille.
A demain 8 heures.

mercredi 11 avril 1945
Nous ne sommes pas partis. Les Américains se sont rapprochés encore. Partirons-nous ? Non sans doute.
Chaque heure qui passe...

jeudi 12 avril 1945
Nous ne partons pas. Les gardiens sont de plus en plus mous et très peu fanatiques.
Un trafic terrible s’est établi avec le camp italien, (37). Quel marché aux puces !
(35) Soit 6 petits carrés. (36) Leur camp a été bombardé et il y a eu près de 100 morts. (37)
L’Oflag 83 était occupé par des officiers italiens ; à notre arrivée, le camp avait été divisé en deux.
Les Italiens étaient séparés de nous par une large ceinture de barbelés. Jusque là, les gardiens empêchaient
toute relation mais à cette date, ils laissent faire. Tarif : le paquet de cigarettes américaines 1000 F,
( les Italiens avaient beaucoup de billets camouflés. L’un d’eux veut même nous vendre son alliance.
JACHEET l’engueule. Les Italiens se demandent quel sera leur sort ; leur moral est bas.

vendredi 13 avril 1945
Hier soir a été distribué 1 colis américain par officier. Quelle aubaine ! et quelle joie dans le camp- et distribué non ouvert. On a l’impression. que tout va à l’eau chez eux. Et ce matin, après une nuit où je n’ai guère dormi, ayant bu un fort nescafé vers 9 heures, des détonations violentes secouent les vitres. Beaucoup d’animation dans la chambre. Quelque temps après, JACHEET revient et annonce : " les boches sont partis ". Gros remue-ménage. Il ne reste plus en effet autour du camp que quelques gardiens qui sont, paraît-il, chargés de nous passer
en consigne aux Alliés. Il est difficile de se mettre dans l’idée q’après 58 mois de captivité nous allons jouir
de la liberté ; pour ma part, je ne " réalise " pas. Des camarades arrachent, à titre symbolique, des poteaux
de barbelés... Le Comandant français du camp prend en main le ravitaillement ; il est aussitôt question d’augmenter les rations. Les colis américains permettent de fêter dignement cette journée, ce vendredi 13 et, bien que retenus à l’intérieur des barbelés, la captivité a changé de visage. Nous attendons, mais avec beaucoup de calme, l’arrivée des Américains. Le chocolat, les cigarettes filent rapidement de même que le nescafé.
C’est une belle journée. Les desserts des colis américains ont filé, mais, comme dit JACHEET, " ce jour est unique et il faut marquer le coup ". Et le soir, nous avons monté la garde. (38).

samedi 14 avril 1945
Toujours pas d’Américains, mais ils nous ont débordé à l'Est et à l’Ouest et la guerre est virtuellement terminée. La ration de pommes de terre a été portée à 1 k. et le colis américain est là pour compléter ; seul, le pain ( 200 g.) est court, mais le ravitaillement a l’air organisé de façon satisfaisante, les bouchers et les boulangers sont partis dans le village et travaillent. Ça va.

dimanche 15 avril 1945
Situation sans changement. Toujours prisonniers sans l’être. Je souhaite ardemment l’arrivée des Alliés.
On songe à une date de retour. (39).

(38) On a demandé des volontaires. Et j’ai ainsi passé 2 heures au poste de nos gardiens. Le temps était très beau. Quelle bizarre situation : plus de gardien mais défense de sortir des barbelés !. (39) En fouillant dans les baraquements, on a retrouvé nos lettres qui n’avaient donc jamais été envoyées.

lundi 16 avril 1945
Cette nuit, avec JACHEET, nous avons été de garde à la porte du camp. Le combat s’est déroulé aux approches
du camp. Du mirador on voyait des maisons brûler. Les " minen" tiraient près du camp et les Alliés répondaient ; on entendait crépiter les armes automatiques et les balles traceuses passaient au-dessus du bois.
La canonnade a été surtout violente hier soir et ce matin au lever du jour. On attendait les Alliés dans la matinée mais à 9heures nous étions relevés et ils n’étaient pas encore arrivés. Nuit fertile en incidents.
JACHEET se défend comme un lion, (40). Ce soir à 17 heures 5 le Major Cooley, commandant un bataillon de chars, s’est présenté en voiture au camp. Les gardiens, désarmés, ont été internés ! Des hurrahs ont été poussés.
Il paraît que nous sommes libres désormais après 1772 jours de captivité.
A part l’amélioration du ravitaillement en qualité et en quantité, Il n’y a guère de changement pourtant. Bouchers et boulangers ne sont pas descendus au village aujourd’hui et il faut s’attendre à manquer de pain.

mardi 17 avril 1945
Gros incident : les Boches sont revenus a WITZENDORF ont arrêté et emmené en otages 4 boulangers dont Max, (41). Je suis inquiet sur son sort. Il ne rentrera que le soir sur intervention de notre Colonel.
Nos gardiens ont été délivrés. Situation bizarre, (42).

mercredi 18 avril 1945
Toujours pas d’Anglais. Et toujours des Boches dans le village et dans les bois. On nous a dit qu’il fallait s’attendre à partir sous 8 jours, mais à cette vitesse là... La canonnade est violente vers le Nord dans la direction
de SOLTAU. J’ai lavé pull-over et pantalon.

jeudi 19 avril 1945
Pas de changement à notre état.

(40) Il a trouvé du ravitaillement. (41) Max GOUBAUD, un ami intime (42) Après nous avoir libérés, les Anglais fonçaient plus loin. Mais il restait dans les bois des environs de nombreux soldats allemands qui, les Anglais partis, ont réoccupé le village.

Samedi 21 avril 1945
Par exemple, aujourd’hui, grande nouvelle : il est question de partir pour rejoindre les lignes anglaises, (43). Toute la journée, nous attendons des précisions sur ce départ. JACHEET, atteint de bronchite,
ne part pas et reste avec les malades - donc je reste aussi.

dimanche 22 avril 1945
Le départ s’est fait ce matin. Nous restons, les malades 87 Français et quelques centaines d’Italiens. Ravitaillement trop abondant, (44). C’est inouï ce gaspillage après la pénurie d’il y a un mois.
Et ce soir, nous avons touché chacun un colis américain.
Tout va bien. Des chars passent le long des barbelés. Sac. Tente, (45).

lundi 23 avril 1945
JACHEET va au village porter des lettres - car le village, après un combat assez dur, est occupé par les Anglais. Un officier belge est venu au camp car JACHEET l’a rencontré. Il promet de s’occuper de nous.
Il est question d’évacuation. Récupération en Italie, (46). JACHEET revient avec 20 œufs, (47).

mardi 24 avril 1945
Nous avons invité le docteur à manger. Nourriture choisie et recherchée ; omelette au jambon, salade, etc. JACHEET part à vélo et revient avec un approvisionnement de tabac formidable. Temps splendide.
Nous attendons patiemment car l’abondance est là et nous avons aujourd’hui un gros biftèque (comme l’écrivait Marcel AYMÉ). La pipe bien bourrée, je peux attendre avec calme.

(43) Les Anglais fonçaient sur 2 axes : nous étions entre les 2. (44) Il nous reste la nourriture de tout le camp : pour 900 environ. (45) Au dépôt italien, je récupère un sac à dos, une toile de tente et un imperméable. (46) Ce qui signifie un coup de main sur le dépôt italien. (47) Il a rendu visite à quelques fermes.

mercredi 25 avril 1945
JACHEET est parti ce matin- Il revient avec 50 œufs ! aussi le soir quelle omelette nous avons fait et des crêpes qui étaient fort bonnes. Il a vu un kommando, (48), qui lui a fait un bifteck cuit à son goût et il a fait arrêter
un prisonnier. Il a un appétit formidable et une activité débordante. Il trouve que la vie commence à devenir intéressante. Il est vrai que les forces reviennent chaque jour. Je suis resté au camp ; pris par les travaux ménagers, ne me suis point ennuyé. Visite d’un officier anglais et d’un Commandant français. Ravitaillement toujours très bon.

jeudi 26 avril 1945
Nouvelle visite d’un Commandant français ; De CHAUVIGNY de SARGÉ sur BRAYE. Le rapatriement serait
très proche, (49). Mais en ce moment, les journées ne pèsent guère. JACHEET est revenu avec sucre, pain, margarine... et il fait un petit goûter en rentrant qui m’étonne, moi qui ai pourtant bon appétit !
Encore de bonnes crêpes ce soir. Après la soupe, je suis sorti des barbelés et j’ai cueilli une fleurette.
Impression de liberté, de soulagement, quelque chose de moins sur les épaules.

vendredi 27 avril 1945
Parti de bonne heure ce matin avec JACHEET en voiture à cheval pour récupérer des vivres auprès des soldats du Kommando. Rapporté boîtes de viande, riz, farine, margarine, etc...

samedi 28 avril 1945
L’après-midi, je vais faire un grand tour dans les bois, plus de 10 km avec JACHEET qui " trouve " un vélo.
Nous tombons sur du matériel abandonné, mais rien de très utile.

(48) Groupe de prisonniers employés dans une ferme ; là, le ravitaillement est abondant.
(49) Le commandant me donne une lettre à poster pour sa sœur, tellement il est persuadé que dans peu de jours, je serai en LOIR et CHER. C’est le conseiller général du canton de Savigny sur Braye.

dimanche 29 avril 1945
C’est la journée des pâtisseries : 4 sont mangées aujourd’hui. La famine paraît loin. Je descends au village
avec JACHEET : 8 oeufs. Les Américains sont là. Nous tombons sur un groupe qui casse la croûte de façon appétissante mais il ne nous invite pas ! Un de nos camarades parti dans le bois, reçoit une balle dans le bras.
Il paraît que Polonais et Russes (50) font des coups de main et que bien des francs-tireurs (51) sont dans le bois ;
Le secteur devient malsain.

lundi 30 avril 1945
Gros remue-ménage : les Italiens partis dimanche reviennent ! Comme nous ne voulons pas rester au milieu d’eux, notre petit groupe déménage et va s’installer dans les bâtiments de l’Abwer, (52), ce qui nous occupe
toute la soirée. Pour le transport, la voiture récupérée dans les bois est très utile. Je dors dans une chambre,
dans un endroit propre. Quel changement avec la pouillerie d’en haut !

Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width=
Oflag 83 - WIETZENDORF

Le camp de concentration de BERGEN-BELSEN Le camp de concentration de BERGEN-BELSEN
Cliquer  </td>
    <td width=    
Le camp de concentration de BERGEN-BELSEN    

mardi 1er mai 1945
Dans la matinée, grande nouvelle : il faut partir rejoindre les camarades à BERGEN, à 13 km d’ici.
Comme JACHEET n’est pas là ( parti à SOLTAU en voiture) , je me prépare vite. Départ en camion à 3 heures.
Nous remplaçons des Italiens. Quelle saleté dans la maison ! Les habitants de BERGEN ont eu 1 heure
pour déménager et laisser la place aux officiers, (53). 1300 camarades sont déjà partis et les autres attendent.
Un groupe est même alerté depuis 8 jours, s’attendant à partir à chaque minute. JACHEET revient me rejoindre avec 3 douzaines d’œufs ! Installation convenable, (54). Comme ravitaillement, çà va. Je retrouve Max.

(50) Anciens prisonniers qui rançonnent. (51) Soldats allemands qui se cachent. (52) Bâtiment que les gardiens occupaient. (53) C’est en voyant le camp de déportation de BERGEN-BELSEN tout près que les Anglais ont fait évacuer la ville pour nous loger. (54) Dans les maisons dont les habitants ont été expulsés, il y a de nombreuses provisions dans les maisons et lapins, volaille.

mercredi 2 mai 1945
Toilette. Cuisine avec pâtisserie et le soir nous allons, JACHEET et moi, voir Max qui tue le cochon.
Quel dommage que l’appareil photo soit resté à ARNSWALDE !, (55).

jeudi 3 mai 1945
Toujours pas de départ. Nous mangeons un lapin très bien cuisiné. Je suis invité chez Max ce soir.
Le repas, préparé par les 2 bonnes polonaises est curieux (zatouski, soupe aux cerises) mais délicieux et abondant. C’est la fin du Ballon Captif, (56).

RATINAUD est en forme. Soirée très agréable ; elle se termine vers 1 heure et avec RATINAUD, nous couchons dans un petit lit, mais ça ne fait rien, (57) !.

vendredi 4 mai 1945
Les départs sont repris.

samedi 5 mai 1945
De très nombreux départs aujourd’hui. Max part et, en dernière heure, nous sommes alertés, (58).
Nous récupérons chez LECUTIEZ 2 voitures de conserves de toute espèce ? (59), aussi nous ne sommes pas embarrassés par les menus. Anniversaire de maman.

(55) JACHEET avait reçu, dissimulé dans un colis, un petit appareil qu’il avait caché dans une trappe pratiquée dans le parquet sous mon lit. (56) Le Ballon Captif était un journal hebdomadaire écrit (par moi)
en 1 exemplaire affiché, fondé par Max le 2 novembre 40. Il a eu plus de 200 numéros ! (57) Il nous faut coucher dans la maison car il y a le couvre-feu : interdiction de circuler le soir ( patrouilles anglaises).
Max loge chez un tailleur qui a en réserve des mètres et des mètres de toile ( récupérées en pays occupé).
La cuisine est faite par 2 polonaises déportées et qui servaient de domestiques à la femme du tailleur.
Elles ont mis du temps à réaliser mais ensuite se sont servies dans la garde-robe de leur ex-patronne !
(58) C’est-à-dire que nous devons être prêts à partir en 1heure. (59) Il s’agit de conserves enterrées dans
les jardins par les habitants mais LECUTIEZ qui avait été " occupé " à la 1ère guerre, sait très bien les dénicher.
Les maisons regorgent de provisions / riz, pâtes, même du savon de Marseille !

dimanche 6 mai 1945
Toute la journée se passe en attente d’un départ... qui n’a pas lieu. Menu abondant et varié. Pâtisseries.

lundi 7 mai 1945
Toujours pas de départ. La ville est sillonnée d’hommes et de femmes, (60), du camp de BERGEN-BELSEN, pauvres gens qui racontent des histoires effrayantes sur les traitements subis. Et nous qui nous plaignions !
Notre propriétaire est de plus en plus à notre service ; elle nous confectionne même de petits drapeaux.
Nous faisons un trou sérieux aux conserves et aux confitures, à notre plus grand bien à tous qui changeons
de visage chaque jour. Les forces progressent de la même façon.
En fin de journée, alerte : le départ est pour demain, (61).

mardi 8 mai 1945
La guerre est finie ! Enfin ! Et à 8 heures départ pour SORLINGEN en camion : 120 km.
Des destructions le long du chemin. Ponts refaits. Le cantonnement est très mauvais.
Je ne suis pas fâché de partir le même soir pour RHEINE où

(60) Dans la maison de Bergen, nous faisons entrer 2 femmes, des Roumaines. Le propriétaire que nous avions laissé rentrer dans sa maison par pitié ( mais confiné dans une partie) avait voulu s’opposer.
BOUYNOT lui a expliqué que c’était les Allemands eux-mêmes qui avaient mis les femmes en cet état et qu’il fallait réparer. Une des Roumaines, étudiante parlait très bien le français ; déportée, elle avait été envoyée
dans une usine de locomotives, puis au camp de concentration. Je la revois encore, dégustant du vin de groseille "ceci est délicieux" " vous, Messieurs, vous allez retrouver votre pays, votre foyer, mais nous...
qu’est-ce qui nous attend ? Il nous était interdit d’aller au camp de BERGEN où régnait le Typhus sous peine
de quarantaine, ROLLAND y est allé pourtant et a vu...
(61) Certains ont été rapatriés en avion, MENANT par exemple.

mercredi 9 mai 1945
nous arrivons à 5 h du matin. Je suis à peine arrivé que Camille, ( 62), me tape sur l’épaule. Grosse surprise :
je ne m’attendais certes pas à le trouver. Il me donne des cigarettes et me fait connaître ses camarades.
Gros camp avec des milliers de soldats et de civils de toute nationalité, (63). La chaleur est accablante.
Départ à 1 heure en camion. Nous sommes très serrés et je souffre de la chaleur car je suis trop couvert.
Beaucoup de villages détruits, de très nombreuses traces de la guerre, certaines villes comme BOCHOLZ ne sont guère que des tas de cailloux. STATHEIM. Traversé le Rhin sur un pont de bateaux à 18 heures. Petite traversée de la Hollande où l’atmosphère est très différente ; maisons pavoisées, gens qui nous font bonjour.
Mais nous revenons en Allemagne pour arriver à KEVEALER, ville qui a aussi beaucoup souffert.
Nous logeons assez succinctement, mais qu’importe !, (64).

jeudi 10 mai 1945
Un Anglais nous a donné pour les enfants du chocolat et pour nous des cigarettes. Nous devons partir pour LILLE ce soir ou demain. Temps toujours très chaud. Nous allons rentrer à une saison splendide.
Sur nos trajets, les pommiers étaient fleuris et dans les jardins les fraisiers. Qu’il fait beau !

Les notes s ’arrêtent là.

De LILLE, nous avons été dirigés sur Valenciennes par train. Là, nous avons été vaccinés,
épouillés, munis de papiers. Le vendredi 11 au soir, un train m ’emportait de VALENCIENNES.
Aux AUBRAIS, JACHEET me quitte... Arrivée à BLOIS le samedi 12 dans la matinée. Départ
ensuite vers la maison où j ’arrive dans la soirée.
Quelques images
Etonnement de trouver des soldats si jeunes ( nous avons été coupés de tout pendant 5 ans).
Etonnement des prix (on croyait avec JACHEET que le chiffre marqué sur les pipes était un numéro).
Je tiens à souligner la gentillesse dont on nous a entourés en France à notre retour :
à VALENCIENNES, aux haltes des trains, à BLOIS et je termine par une chose émouvante ;

Lorsque notre train est arrivé en FRANCE, il s’est arrêté à la frontière.
Alors, tous nous avons quitté nos wagons pour fouler le sol de la patrie…

(62) Camille est mon beau-frère !!! (63) C’est un camp de triage, mais comme nous formons une unité,
pour nous pas de formalités. (64) Nous touchons du pain fait avec du blé à peine moulu.
Je loge dans la vitrine d’un magasin !

Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width= Cliquer  </td>
    <td width=
Carte de rapatrié du Lieutenant Adolphe TRILLARD recto

verso Fiche de démobilisation du Lieutenant Adolphe TRILLARD recto et verso
Cliquer  </td>
    <td width=    
Fiche de demobilisation