Les Camps
La Poste de l'Oflag IID-IIB
L’Amicale m’a demandé, il y a déjà quelques années de faire paraître dans notre journal quelques souvenirs
d’une des activités du camp : la Poste. Par négligence un peu, par manque de temps j’en ai différé longtemps
la rédaction. Par timidité aussi je l’avoue car de ce sujet où l’on pourrait dire tant de choses, et les dire bien,
je ne saurais, bien qu’ayant beaucoup de souvenirs, très mal les raconter.
Je m’en excuse par avance, mais puisqu’on m’en convie…"
Par poste dans la vie de tout le monde on entend un service bien organisé qui apporte son lot quotidien
de factures, de lettres agréables ou pas, de feuilles d’impôts, de journaux, enfin de choses bonnes ou mauvaises qu’on classe, qu’on range ou que l’on fiche au panier mais qui n’ont au fond que peu d’importance tant elles sont intégrées au train-train journalier.
Pour nous c’était le seul canal tangible qui dans notre isolement surpeuplé faisait la liaison - je ne dirai pas le trait d’union de fâcheuse mémoire - avec la Vie, car c’était bien la Vie que nous apportait, pendant 5 années les colis de France et sans eux, nous n’aurions pu que très difficilement supporter les épreuves physiques et même morales de la captivité. Alors qu’une grosse majorité des prisonniers français en Allemagne ont dû trouver, au hasard des Kommandos bons ou mauvais, des possibilités de se "débrouiller", rien de semblable ne nous était offert, et nous étions laissés nus sur le sable
ou sur le ciment.
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Récépissé d’un colis postal
pour un prisonnier de l’Oflag IID


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Les règles de Poste Pour agrandir la photo
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Outre ce manque de nourriture, cette sensation de ne rien recevoir et de ne rien posséder était une souffrance s’ajoutant à d’autres. De là l’importance du service Postal et l’intérêt que nous y avons tous porté. Je ne parlerai que pour mémoire des lettres. Censurées à l’aller et au retour, limitées par le cadre et par le fait qu’elles étaient auscultées par nos gardiens, elles étaient pour nous de simples bulletins d’amitié et chacun essayait de mettre ou de trouver un peu d’intimité. Le service était entièrement entre les mains des allemands et jamais les Français n’eurent à intervenir. Au contraire pour tout ce qui concernait les paquets, les Allemands faisaient appel aux Français soit pour enregistrer, annoncer les colis soit pour assister à leur distribution. Façon de procéder qui je crois était obligatoire de par la convention de Genève et qui à ma connaissance n’a pas été en notre camp transgressée, les allemands exerçant le droit de vérifier si le colis distribué ne violait par une des multiples interdictions qui le frappait. Il procédait à ces vérifications devant un Officier Français témoin de la régularité des vérifications, et se faisant assister de personnel, officiers ou sous-officiers français pour assurer la besogne matérielle enregistrement et distribution. Comme sur toutes choses, le cadre, les événements, le temps ont influencé la façon de conduire les contrôles dont le principe n’a pas varié pendant 5 années. A Gross Born d’abord. Dès septembre octobre I940, quelques colis d’1 kilo venant de la zone dite libre, en Novembre de zone occupée.
La distribution avait lieu par block, dans une aimable pagaïe ou personne ne voit au juste ce qui était interdit ou permis, plusieurs colis étaient distribués sans être ouverts, d’autres éventrés, au hasard et suivant la paresse ou l’humeur du gardien. Le local était sombre, encombré, petit. Tout cela n’avait guère d’importance, rien n’étant dangereux (pour les gardiens) nous étions tous des néophytes et n’avions pas tous ces « trucs » que doivent posséder également les vieux récidivistes. Tout n’est qu’expérience dans la vie. Nous avons commencé à prendre un peu d’aplomb qu’à la première expédition en cet hiver 40-4I de colis de vêtements que les allemands nous avaient permis de retourner en France. Nos gardiens avaient été effrayés de la quantité de vêtements, linges, objets les plus divers confectionnés par les artistes ou les bricoleurs du camp et sous prétexte d’un changement de camp toujours possible, d’un rapatriement de certaines catégories, anciens combattants, marins, infirmes, cheminots ou autres, ou même de notre libération massive - il y eut tant de Promesses et d’espoirs déçus - avaient invité gentiment les prisonniers à s’alléger et à renvoyer ce qui ne leur était pas indispensable. Lesquels envois : étaient empaquetés par une équipe de français mais contrôlés avant empaquetage par des soldats Allemands, que voulez vous que de pauvres gens de notre espèce puissent envoyer de dangereux. De vieux vêtements - Les allemands pauvres de nature ont toujours eu le respect des hardes, d’un jouet fait d’une boite de conserve - ils admirent le bricolage - oui mais en même temps des lettres clandestines, des indications précises pour l’envoi des colis futurs des rapports et des photos confidentielles et jusqu’à un révolver souvenir de campagne que le brave adjudant Théry promenait dans sa poche un après-midi avant de pouvoir l’empaqueter. Petite folie qui aurait pu coûter très cher à 1 expéditeur, mais qui nous faisait prendre conscience qu’une revanche est toujours possible et que rien n’est jamais acquis.

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consignes données aux familles

Récépissé d’un colis postal pour un prisonnier de l’Oflag IID

Notice d’information pour les envois Composition d’un colis américain

Composition d’un colis de la Croix Rouge Suédoise. 

Bientôt cependant le local encombré était devenu par trop exigu, et les allemands firent construire dans la partie centrale du camp, un vaste bureau avec réserve, panneaux grillagés, éclairage sur toutes les faces. Bref quelque chose de bien aligné qui n’était pas de notre point de vue une amélioration. Un sous-officier Wunknitz, instituteur prussien haineux et intègre, organisait le service sous le contrôle général du célèbre capitaine dit « sombre dimanche », « trompe la mort » et autre. Tout se passait à peu près bien, les censeurs étaient des soldats de la compagnie de garde, soucieux de faire leur provision de chocolat et n’ayant aucun métier : valises de vêtements civils, papiers, lettres et objets défendus en un mot passaient sans trop de perte ! L’envoi des colis venus de France continuait. C’était la période euphorique de 1941 - Les Allemands grisés des succès à l’est ne savaient pas trop bien quelle attitude prendre envers nous et il ne leur semblait pas qu’une rigueur devait être mise à notre égard. Certes on avait bien institué les vignettes, mais celles-ci une fois employées, retournaient vers 1a France dans les colis et puis il y avait la cantine des départs envisagés la fatigue, l’accoutumance, bref un bon laisser aller de gens sans ordres et sans directives bien précises. Mais incidents graves dans le camp, évasion du général Giraud et c’est Arnswalde. A la vie de clochard de Gross-Born succède la caserne prussienne neuve, nette, facile à garder. Tout se prêtait à l’ordre, et rien n’est plus préjudiciable au prisonnier que l’ordre, seulement dans l’anarchie il a quelque chance de se retrouver, surtout si le prisonnier est latin et le gardien germain. A Gross-Bonn un sous-officier attentif et intelligent mais ne pouvait être partout secondé très mal par des chercheurs amateurs, à Arnswalde toute une organisation, tout un état major - un capitaine Mushal, 2 adjudants, 2 sous-officiers et des civils sorte d’agents encadrant quelques soldats venus parfois en renfort. Tous, connaissaient les consignes et paraissaient disposés à les appliquer, et subissaient de temps à autre des instructions. En plus une censure lettre en liaison avec la censure paquet. Heureusement le capitaine était myope, sourd et borné. Il cultivait avec succès du reste une grande ressemblance avec Hitler, moustache, mèche, tout y était, et il paraissait préoccupé surtout à garder la fidélité photographique à son patron. Nous avons subi un capitaine Rittmeiyer, qui en d’autres circonstances fut odieux, un lieutenant Schneider, très calme et comme absent, toujours correct, mais le patron restait Mushal dont le seul travers était de pousser des rugissements impressionnants ; Au reste, en 1943 son fils fut prisonnier des Alliés en Tunisie et cela nous valu - chacun tire de l’histoire les enseignements du moment - de le trouver de longues heures prostré dans son bureau, se désintéressant du service. Les adjudants et quelques soldats vieux ou blessés ne voulaient pas d’histoire. Quant aux civils magnifiques ils étaient au physique des gueules de méthodes : Assimil. Un gros prénommé Otto, épais, énorme avec des petits yeux, né certainement sous le signe du cochon, celui-ci devait exister au zodiaque allemand, il en était vendeur et toujours par mimétisme nous racontait ses frasques et des histoires du même calibre apprise lors de sa captivité française de I4-I8, à côté de 1ui un idiot du village, Paul, relativement jeune, le plus mauvais de la bande, voleur, brisant tout, peureux comme pas un ; un vieux tout maigre avec un goitre énorme, un grand, ancien navigateur que l’on décorait du nom de Monsieur Heinz et qui me salua sans rire pendant 2 ans, après une conversation culturelle au cours de laquelle je lui avais dit ma profession de Herr Doktor Ingenior Hochundtiefbauunternehmer GUILLOT, enfin un ou deux autres de moindre importance, mais surtout il y avait JOUHAUX, tout le camp connaissait Jouhaux. Son vrai nom Otto Lewandowski, son surnom, une ressemblance assez prononcée avec le leader syndicaliste. Un grand fort gaillard vers la soixantaine, avec une petite barbiche et une tête un peu en poire, un gros modèle. Mais surtout un brave homme, foncièrement bon, rendant service, certes parce que cela lui rapportait, mais aussi pour le plaisir et pour le sport. Jamais je n’ai entendu de lui un mot de haine ni même d’énervement contre les Français. Considérant les prisonniers qu’il avait pour mission de contrôler, non comme des Officiers d’une armée ennemie, mais comme des hommes souffrant de la faim, de l’éloignement, de l’exil. Il était communiste et nos conversations en tête à tête dans la réserve aux colis, dans les W.C. ou autres lieux secrets m’avaient amené à lui faire part de toute ma sympathie. Il valait bien cela car il était la cheville ouvrière de la poste telle que nous la comprenions évidemment. Son départ, en janvier 1945, dans la volksturm, malgré son âge et ses idées, m’avait surpris et lui en avais fait part comme d’anciens amis de toujours. Il m’a répondu très simplement et je crois très sincèrement qua sa patrie étant sa patrie, il ne lui restait plus qu’à la défendre. Tout cela fait un bien brave homme, qui mérite que l’on rappelle son souvenir. En face de cette équipe pittoresque et haute de couleur, qui devait exercer une mission pour nous désagréable, une équipe de Français assurait le travail. Un afflux massif de colis déchargés par nos soins en gare sous la surveillance de 2 ou 3 gardiens, l’enregistrement et le numérotage en vue de la confection de listes d’appel ce travail fait entièrement par nous, les Allemands y jetant simplement un coup d’œil, l’annonce par le vaguemestre de block, et enfin la distribution. On a.ppela.it alors un à un les destinataires qui, derrière les guichets assistaient au dépeçage du paquet. Les papiers, l’emballage étaient jetés et ramassés précieusement par des Français toujours sous contrôle allemand et mis sous presse. Le problème consistait à passer les colis dangereux au moment opportun. Partant du principe qu’un contrôle ne peut être constant, il s’agissait au lieu d’exécuter mécaniquement le travail de distribution comme il était de règle et c’est ainsi que les Allemands l’entendaient d’arranger celle-ci afin qu’il y ait le minimum de casse. Il fallait également que ceux-ci ne s’aperçoivent en aucun moment qu’une petite entorse avait été apportée au déroulement des opérations prévues par eux et ne laissant dans leur esprit aucune possibilité de fraude. Les problèmes, étaient multiples, il y avait d’abord les vignettes. Les allemands ayant réglé une fois pour toute notre approvisionnement suivant des données certainement très étudiées ou le nombre de calories devait intervenir suivant des considérations très germaniques, avaient décidé, qu’en principe, nous recevrions 2 colis de 5 kg par mois revêtus obligatoirement au départ de vignettes qu’ils nous délivraient, hélas le nombre de colis augmentait sans cesse, en nombre et en poids, et cela posait au pauvre capitaine Mushal un problème inextricable qui bouleversait le peu de conception mathématique qu’il pouvait avoir. Je crois sincèrement qu’il n’a jamais pu le résoudre. Il avait bien trouvé triomphalement une douzaine de colis revêtus d’une étiquette grossièrement imitée pour une vignette rouge sur un paquet contenant des vivres mais vraiment étant donné sa myopie et son inintelligence congénitale l’imitateur méritait sanction, c’était de bonne guerre et le travail était par trop mal fait. Je crois du reste que dans la plupart des cas la diplomatie du Lieutenant PICARD a transformé la confiscation du colis en remboursement d’une vignette vraie cette fois. Mais la douzaine de découverte ne compensait pas les milliers de fraude provenant de vrais fausses vignettes parfaitement imitées - le corbeau hitlérien compris - de celles déjà utilisées et renvoyées en France, de vignettes supplémentaires obtenues toujours par la voie diplomatique au titre des diverses activités culturelles du camp et dont certaines, il faut bien l’avouer nourrissaient plus le corps que l’esprit. Mais comme les Romains et mon Père disaient « primum vivere » ou un sac vide ne tient pas debout... Les suppléments provenaient aussi de vols ou de resquilles si le terme effraie, soit par paquets entiers et leur répartition était alors semi officielle tout au moins du coté français, soit aux différents échelons de la censure allemande. C’était alors l’objet d’un trafic pas très reluisant, mais ceci est une autre histoire. A l’échelon distribution, il fallait en tous cas faire disparaitre ou passer inaperçu les colis litigieux, les maculer avec de l’encre, les lacérer au besoin. Quand les allemands décidèrent de découper les vignettes pour les examiner à tête reposée, il suffisait alors de faire disparaître, en accord avec les censeurs, celles qui n’auraient pu résister à un examen sérieux. Il fallait alors les enfouir rapidement et sans être vu au fond ses sacs de papier et c’était le travail invisible mais combien utile des balayeurs français. Le problème du dépeçage posait d’autres questions. En principe les boites de conserves étaient ouvertes et transvidées. Mesures vexatoires surtout s’il s’agissait de boites du commerce, mais risque pour le gardien de voir se constituer des stocks de réserves clandestines. Aussi laissions nous faire puisqu’aussi bien une réserve était permise et que dans la plupart des cas nous pouvions avoir des conserves au fur et à mesure. Plus compliquée était la sortie des produits interdits. Le travail était alors plus minutieux et il fallait alors parfois toute l’équipe pour le mener à bonnes fins. Il était indispensable d’abord d’être averti de la présence d’un colis suspect c’était une affaire de mémoire et d’habitude, le donner à la censure au moment ou la surveillance se relâchait, et surtout ne pas provoquer celle-ci Afin de le passer au censeur adéquat. C’était un assez curieux mélange de méthode et d’opportunisme. J’avais demandé que l’on m’avertisse la veille du colis suspect avec origine, expéditeur et toutes indications utiles. Certains resquillaient que je finissais par connaître, qui n’avaient jamais rien d’interdit, ou qui espéraient avoir quelque chose, ou qui voulaient simplement passer au plus accommodant. D’autres au contraire, plus dangereux, se rappelaient à la dernière minute du danger et ponctuaient leur désespoir de grands gestes, dans le local de la poste, ce qui avait pour résultat certain d’attirer spécialement l’attention des surveillants et de rendre la tâche plus difficile, parfois impossible. Puis il fallait éviter l’encombrement de colis suspects et réserver le temps aux 2 ou 3 censeurs possibles, tout en tenant compte de leur position par rapport au capitaine Mushal ou aux 2 adjudants. Il fallait s’assurer qu’un colis ne reste pas trop en souffrance et suive à peu près son ordre d’appel, les Allemande surveillant la distribution à l’aide des listes établies, enfin suivant l’importance de l’objet interdit, choisir le censeur. Jouhaux pouvait faire tout. Quand la situation se compliquait par trop, il fallait faire le vide et attirer l’attention de l’Etat major sur un incident quelconque et le provoquer, le lieutenant PICARD demandait dans toutes les formes requises au vieux Mushal son avis sur un état plus ou moins important à remplir afin de l’entrainer dans son bureau, où mon bon camarade ROGER, chargé de la réexpédition des colis en souffrance, gardait toujours en réserve un cas difficile que seules les lumières du Hauptmann pouvaient résoudre. Pour les adjudants, nous, avions la vache qui rit. Benjamin Rabier a toujours ignoré les services qu’il a pu nous rendre en pareils cas. Je ne fais pas de publicité et la vache sérieuse faisait le même usage en l’occurrence où tout au moins son contenant. La plaisanterie renouvelée à cent exemplaires et toujours couronnée de rires - de tous nos gardiens consistait à attacher au dos du plus idiot des censeurs, ils étaient généralement deux, à égalité un couvercle de boite de la vache célèbre attroupement, pagaïe, c’était le moment idéal où Jouhaux, dûment chapitré par avance, passait tout ce que l’on voulait. Pour l’alcool. je le laissais tranquille, un mot seulement pour l’avertir quand il s’agissait de bouteilles entières (un jour 3 Armagnac 1893). Pour les lettres, je lui disais honnêtement, pour les médicaments c’était selon les circonstances et ne pouvait trop compter sur lui, car il n’y croyait pas, n’en n’ayant jamais pris lui-mine, Cependant, un jour un camarade reçut une certaine poudre blanche qui me fit passer du coup dans les trafiquants de stupéfiants. J’ai eu cette fois assez de difficultés, les autres boites passèrent, mais étant donné les risques, Jouhaux demandait compensation substantielle, 2 boites de sardines. Il y avait enfin les colis sérieux, papiers, cartes, boussoles, pièces de poste de T.S.F., etc. Le contrôle était alors précédé d’une longue conversation aux W.C., au cours de laquelle Jouhaux était mis au courant. Tout en me disant que je lui ferais couper la tête, il s’exécutait sachant que je ne lui ferais pas prendre de risques inutiles et que je mettrais toutes les chances de son côté. Le vide et l’inattention pouvaient aussi se créer dans la salle au moment voulu parce qu’un de notre équipe, et c’était un tour de force qui a toujours intrigué les allemands, cassait des noix en les projetant avec force contre les grandes vitres des fenêtres sur cour. Paul, l’idiot, qui démontait tout par sadisme nous était également utile. Quand je voulais liquider rapidement un colis, je m’arrangeais pour trouver un autre contenant soit des oeufs pourris, soit des boites avariées et lui donnais à dépecer. Un coup de couteau dans les boites fermentées causait toujours en libérant les gaz une belle pagaïe, la fuite des felbwebels et du capitaine (âpres hurlements), abandon des postes et mine dégoutée de tous. Le camarade déconfit, bénéficiaire si j’ose dire du colis avarié ne se doutant pas que son malheur, arrivé ou choisi à point, avait permis de libérer, sans examen tous les colis en, souffrance sans contrôle. OTTO, le marchand de cochons était plus peureux et plus vénal. Il fallait marchander, sardines, chocolat, lui raconter des histoires gauloises, dont il raffolait. C’est lui qui, un jour, m’a fait cette confidence : "dis leur de ne plus me : donner de savons américains, toutes les femmes le savent à Arnswalde et j’ai 65 ans... L’ancien navigateur, qu’on appelait Monsieur HEINTZ, passait à l’occasion des produits interdits, mais il fallait alors accaparer son attention par une série d’entretiens sur la marine à voile ou sur le grave problème posé à la marine anglaise par les destructions sans cesse grandissantes de U BOOT, moyennant quoi il ne regardait absolument pas ce qu’il donnait. L’inconvénient était qu’il fallait continuer la conversation au-delà de l’utile et comme il était bavard c’était long. Mais il voyait là des propos de bon ton entre gens éduqués et que le vain peuple de ses collègues ne pouvait suivre. Il acceptait peu de chose en récompense alors que le vieux à goitre mangeait constamment chocolat, biscuits qu’il puisait dans les colis. Il fallait bien lui donner du travail et il fallait surtout veiller à ce que tous aient un peu quelque chose dans l’afflux de richesses qui se déballaient devant eux. Pas tellement exigeant, comme des gens simples, quelques tablettes de colis arrangeant bien des rancœurs et apaisant des jalousies ou des dénonciations toujours possibles. Tout cela c’était le travail quotidien. Il ne demandait qu’un peu de mémoire, de l’à-propos, de la camaraderie et un réel esprit d’équipe. Certains coups ont demandé plus d’audace. Nous avons emprunté un jour, dans une veste accrochée, la carte de sortie d’un des civils en lui prenant son portefeuille. Nous avons pu alors, dans la salle, les allemands étant parmi nous, recopier cette carte, dimensions des lettres comprises, réintégrer l’original et confier la copie à une équipe de faussaires du camp pour je ne sais trop quel usage. Il a été possible de dégager des pièces de tissus, des livres, des photos par des négociations rarement appuyées d’un peu de vrai café. Tout un travail da persuasion a été réalisé. D’autres que moi l’ont fait et sauraient mieux en parler. Afin de garder la confiance de nos gardiens, nous évitions de prendre des risques inutiles. Les résultats en eussent été préjudiciables à tous. Nos propres colis étaient en générai très réguliers et les faisions contrôler ouvertement par les plus durs, par les adjudants, par le capitaine lui-même. C’était l’occasion de sortir les bras encombrés de paquets régulièrement ouverts et parfois d’autres. Un poste de T.S. F. je crois fut sorti un jour dans des circonstances, alors que, ayant distribué à chacun de nos censeurs, qui du chocolat, qui des sardines, qui du café, nous avons pu passer devant eux devant eux tête haute et avec la chair de poule, nous faisant souhaiter des « schmek gut » et autres plaisanteries de toute la bande, capitaine compris. Ce que nous avons pu faire n’a été possible qu’avec l’esprit d’équipe qui nous animait. Equipe d’amis où le résultat seul comptait en dehors de la fonction ou du grade. Tous depuis le lieutenant PICARD ou le capitaine ALLAIRE qui lui a succédé jusqu’au balayeur de papiers avaient leur rôle qui ne pouvait être rempli qu’avec le jeu de tous. Il fallait simplement que toute l’action soit synchronisée, que tout se passe avec le minimum de paroles et de gestes, la surveillance étant constante. Nous n’avons pas toujours réussi, que ceux que nous avons mécontentés nous pardonnent. Que ceux à qui nous avons pu rendre quelques services ne nous remercient surtout pas. J’ai parlé de je tout à l’heure. Il y en avait un passionnant, jouer de bons tours aux gardiens, comme c’est amusant, et, je vous le dis en confidence, nous nous sommes bien amusés…

Yves GUILLOT

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Modèle de lettre qui passait obligatoirement par le service allemand de censure (geprüft). On constate que pour ce faire, le système de fermeture ne permettait pas de cacheter la lettre. Le prisonnier devait y inscrire, en plus de ses nom et prénom, son numéro de prisonnier – le numéro de son bloc de rattachement (block), – le numéro de sa baraque (baracke),
– le numéro de sa chambre (stube). La partie « où le prisonnier écrivait » mesure 28,5 cms sur 14,7 cms. L'écriture devait se faire obligatoirement à l'aide d'un crayon de papier. La captivité durant, beaucoup de prisonniers ont écrit de plus en plus petit de manière à écrire le maximum de choses, ces lettres étant contingentées.
Imprimé pour expédition d'un colis pour un prisonnier.
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Exemple d'inventaire de colis reçu par le Lieutenant Charles BONNET – Oflag IID – Bloc III - Baraque 2 – Stube 2
Archives Dariusz CZERNIAWSKI - Borne Sulinow - Pologne
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Etiquette (recto-verso) officielle qui accompagne un colis envoyé par un prisonnier de l'Oflag IID, le lieutenant Georges GRESSET – matricule 225, à une personne qui fut prisonnier dans le même camp, Monsieur Maurice HIRET, sans doute rapatrié en France à la date (non connue) de l'envoi du colis. Monsieur GRESSET ne figure pas dans l'annuaire de 1946 de l'amicale qui contient 4200 noms. Monsieur HIRET y figure bien.
Document officiel accompagnant un colis envoyé par une famille à « son »prisonnier.