Evasions

Eclairage et Ventilation

Deux graves problèmes se présentèrent de suite : éclairage et ventilation du tunnel.

Ventilation : Ce fut un souci qui heureusement jusqu’au dernier jour se contenta de rester dans nos esprits.
Ce fut, d’ailleurs, la grande énigme du tunnel de n’avoir jamais eu à utiliser un ventilateur perfectionné
que Fajeau avait confectionné avec de multiples boîtes de conserve que nous ramassions quotidiennement
sur les tas d’ordures du camp. Ce ventilateur à main devait être installé dès que le besoin s’en faisait sentir
et la nécessité devait en être démontrée par une bougie témoin que nous allumions de temps en temps au fond du tube au fur et à mesure de notre avance. A 100 mètres, la bougie brûlait normalement et ce n’est que
dans la remontée des 20 derniers mètres que nous nous rendîmes compte de l’absence d’oxygène.
Allions-nous à ce moment perdre notre temps à installer 100 mètres de boîtes de conserves pour amener de l’air pur ( ce qui d’ailleurs était encore problématique !). Nous décidâmes donc de travailler jusqu’au bout
sans aération ; mais combien furent pénibles ces derniers mètres où nous haletions continuellement et
où le moindre effort nous affaiblissait terriblement.

Sans doute n’avons-nous pas eu besoin de ventilateur grâce à notre chariot qui en faisant le va-et-vient
d’un bout à l’autre du tunnel brassait de l’air surtout en passant au bas de l’ouverture de la chapelle
(dont nous reparlerons plus loin).

Ce fut donc un problème que nous n’eûmes pas à résoudre, ce qui nous simplifia terriblement la tâche.

Eclairage : ce fut une autre question, résolue grâce à la compétence de Guyhur et de ce pauvre Rabin
qui devait en trouver la récompense dans la mort tragique qui l’attendait à la sortie.

D’abord sous la baraque, pour les travaux préliminaires (déboisage et tassement des déblais) ce fut le royaume de la lampe à graisse individuelle que nous alimentions grâce à notre petite ration quotidienne de margarine dont notre pain dût dès lors se dispenser.

En quoi consistait cette lampe à graisse. D’abord une boîte de conserve fermée, genre « Blédine » dont
nous percions le couvercle pour tenir lieu de cheminée. Cette boîte ensuite ouverte sur le côté, ouverture rectangulaire pour laisser passer la lumière , l’intérieur de l’autre côté servant dès lors de réflecteur ; au fond de la margarine fondue et la mèche constituée par des fils de couverture que nous tressions minutieusement. Enfin, restait le système de suspension de mèche ; plusieurs techniques s’affrontaient, chacun avait son système propre à sa lampe personnelle ; la plupart trouait un petit bouchon à travers lequel passait la mèche, mais le sable obstruait souvent le trou et la mèche s’éteignait. Quant à moi, j’étais très fier d’avoir trouvé
un système qui, par la suite, fit école : deux petites lamelles de bouchons réunies sur le plan horizontal
par une lame de rasoir du type « percé de trois trous ». Les deux trous extrêmes permettaient d’enfoncer
une punaise pour coller la lame aux bouchons et le trou du milieu servait à la mèche qui passait ainsi librement et était moins engorgée, car il fallait en effet tenir compte de la poussière sablonneuse que nous soulevions durant notre travail. Enfin, autre détail : pour tenir notre lampe sans risque de se brûler les mains,
nous accrochions un petit cube de bois sur côté plein de la lampe. Après chaque remontée et avant chaque descente, c’était tout un travail de nettoyer et de recharger les lampes ; Pascal avait cette agréable corvée
pour compenser sa claustrophobie qui l’empêchait de descendre dessous.

Mais nous ne pouvions nous contenter de ce moyen empirique pour éclairer nos 120 mètres de tunnel.
Nous eûmes recours tout simplement à l’électricien en nous branchant sur notre baraque.
Le matériel : fil, interrupteurs, ampoules, etc… fut fourni grâce à un important coup de main que nous fîmes une certaine nuit dans un lavabo désaffecté du Block II où nous nous saisîmes de tout le matériel en place
qui fut ensuite rapidement enfoui dans notre chambre de départ. Donc, au fur et à mesure que nous avancions, nous faisions suivre les fils ; ce ne fut pas sans incidents, car les fils souvent mal isolés provoquaient
des courts-circuits d’autant plus que le sable humide pourrissait rapidement les gaines isolantes.
Le fil courait tout au long des plafonds, mais combien de fois, en rampant dans le tunnel, il nous est arrivé
de recevoir des décharges dans la tête, heureusement peu dangereuse ; une seule fois cependant Ghyhur,
après une forte décharge ainsi reçue, resta « droggy » près de 48 heures.

Autre avantage de l’électricité : celui de permettre une signalisation commode, commandée de la chambre
de départ : un arrêt court signifiait rappel du chariot, deux arrêts prolongés : rappel des équipes de travail, plusieurs arrêts courts successifs : rappel immédiat dans le plus bref délai.

Dans la dernière période, nous fûmes très gênés, car les allemands coupaient l’électricité et l’air raréfié
à cet endroit ne permettait plus l’usage de la lampe à graisse.

Nous travaillons alors par intermittences et un observateur aurait pu remarquer dans le théâtre qui servait
de salle de lectures, seule salle chauffée du camp, que dès que la lumière revenait dans le globe,
ceux de la 228 répartis dans la salle se levaient aussitôt et gagnaient leur baraque pour plonger aussitôt
et creuser ; mais, bien souvent, nous avions péniblement rampé pendant 100 mètres, lorsque arrivés au bout…clac…nouvelle coupure.

Enfin cela ne nous empêcha tout de même pas d’arriver au bout.