Les Camps
Le théâtre

Le théâtre a tenu une grande place dans les activités de l’oflag II D-II B. Mais il faut reconnaître que nous avons eu là de très grandes chances. La première a été de pouvoir bénéficier, dès le début, d’une salle de spectacle parfaitement équipée.

Le camp de Gross Born, avant de devenir un camp d’officiers prisonniers, avait été un camp d’entraînement
de la jeunesse hitlérienne et avait été doté d’une salle relativement spacieuse puisqu’elle pouvait accueillir
un millier de spectateurs et comportait tout l’équipement de scène : appareillage électrique, rideaux, portants, cintres, etc. Cette salle qui était la cantine du bloc II a été mise à la disposition des prisonniers qui ont pu
y organiser, comme on l’a vu, des cérémonies religieuses dont la plus marquante a été la messe pontificale de Noël 1940. Mais aussi des spectacles pour lesquels elle était utilisée à tour de rôles par chacun des blocs.
Paradoxalement, une autre chance aura été la séparation des blocs pendant les premiers mois de notre séjour,
ce qui a fait que chacun des blocs a dû vivre sur ses propres ressources ; et ainsi s’est créée dans chacun une troupe assez homogène qui a continué à travailler, avec peut-être un peu plus de souplesse après la suppression
de cet isolement. Enfin, la très grande chance a été la qualité des quelques metteurs en scène et animateurs
qui se sont réveillés parmi nous. Revenons au début de la captivité : comme dans les autres domaines,
la grosse difficulté a été l’absence de tout texte. C’est à la seule mémoire, et a l’imagination, qu’ont dû faire appel ceux de nos camarades décidés à mettre sur pied rapidement les spectacles qui devaient nous apporter quelque distraction. Ces premières séances tenaient plus du crochet radiophonique, à la rigueur de la Comedia del Arte,
que du théâtre que nous avons connu par la suite. Souvent, ce sont d’anciens scouts, rompus à la maîtrise du feu
de camp et de la veillée, qui ont été les premiers à essayer de mettre sur pied quelques soirées où les monologues
et les chansons mimées tenaient la première place. Dans sa thèse que nous avons si souvent utilisée,
l’Abbé Flament a donné la liste chronologique des spectacles présentés. Cette liste est très révélatrice de la progression et des genres adoptés par chaque bloc. Dans les premiers mois, on trouve beaucoup d’improvisations surtout dans la production du bloc III où cette tendance s’est poursuivie quelques temps avec l’Octave
de la chanson et les compositions de Chambon. Au bloc I, sous la houlette de Barbas, s’est développé le style variétés avec des parodies de revues, des sketches sensés représenter différents théâtres parisiens.
Le bloc II, quant à lui, a très rapidement trouvé son maître en la personne de l’Abbé Sochal, que nous appelions affectueusement Monseigneur et qui a été jusqu’à la fin le "metteur en scène" du camp.

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Une troupe d'acteur de l'Oflag IID - Gross-Born
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Une troupe d'acteur
de l'Oflag IID - Gross-Born
AZAIS AZAIS
Donc, la grande salle de spectacle était mise à tour de rôles à la disposition de chaque bloc, le spectacle étant présenté cinq jours de suite, une fois pour chacun des quatre blocs et une fois pour la Compagnie d’ordonnances. Ainsi, en tenant compte du temps nécessaire aux ultimes répétitions et à la mise en place des décors qui étaient parfois compliqués, on peut estimer que, sauf pendant la période des restrictions et celle nécessaire
pour la construction d’une salle à Arnswalde, nous avons pu bénéficier d’environ trois spectacles par mois,
en comptant bien sur les concerts.

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Les officiers vedettes
sur la lunette
dans la tour de chants


"La reine s'ennuie"
Oflag IID - Gross-Born
Kermesse Aout 1941
Oflag IID - Gross-Born
  "La chaleur du sein"
Le répertoire ? Très varié, et, comme on l’a dit un peu spécialisé par bloc, selon la personnalité des metteurs
en scène. Seul le bloc III, qui, au début, a connu quelques difficultés et des troubles après les premières représentations de pièces de circonstance écrites au camp, a cru devoir se doter ensuite d’un comité de lectures pour choisir les pièces présentées. Dans les autres blocs ; il semble que ce soit le choix du metteur en scène,
aidé par ses principales "vedettes" qui ait été prépondérant. Au bloc I, après les "revues" des premiers mois et la représentation d’un acte de "Cyrano de Bergerac" en répétition à la Porte Saint Martin, après l’arrivée de textes, nous avons eu successivement "Le médecin malgré lui", "Le barbier de Séville", "Monsieur le Trouhadec saisi
par la débauche", "Le petit café", quelques courtes pièces de Sacha Guitry, "Fric-frac" et en janvier 1942 "Marius" dont la mise en scène était de Sochal, dans un décor inoubliable de Crouzillard.
Le Bloc II, sous la direction ou la supervision de Monseigneur (Sochal), après le "Noël sur la place" joué à l’occasion de Noël 1940, a donné "Dulcinée" de Gaston Baty, "Le fleuve étincelant" de Morgan dont la traduction en français avait été faite au camp et " Noé" d’ André Obey. Au bloc III, après l’octave de la chanson, "La Reine s’ennuie", l’opérette composée par Chaline, et "Fabliau" composé au camp, nous avons eu la "Belle marinière" de Marcel Achard et "La ligne de coeur" de Cl. A. Puget. Quant au bloc IV, son metteur en scène, Martinelli, avec "Volpone" de Ben Johnson puis "Tovaritch" de J. Deval et "Topaze" de Marcel Pagnol, nous a révélé celui qui devait
être la "vedette féminine" du camp, notre camarade Jacques Debia. Car, pour chacun de nos metteurs en scène, le principal problème a évidemment été celui des rôles féminins. Dans chaque bloc, quelques jeunes officiers
sont parvenus à réussir le tour de force de jouer ces rôles avec beaucoup de talent. Mais non sans créer quelques situations burlesques, comme celle évoquée par Jean Ratinaud :
"...Monseigneur, appelle une voix sur le plateau." L’ Abbé Bibal monta par un escalier sur la scène.
Trois officiers se trouvaient la. Ils répétaient une comédie composée par un camarade du camp.
"Qu’est-ce qu’il y a ? demanda l’ Abbé "- Voilà, Monseigneur, c’est une scène d’amour à deux.
D’ Arcos est assis sur une chaise. Legrand est derrière. Il la tient, enfin il le tient par les épaules.
Il doit se pencher vers lui, vers elle. Elle renverse la tête en arrière et ils s’embrassent : ils n’y arrivent pas !
"- Pardon, dit l’Abbé, est-ce un premier baiser ? "- Non, ça doit être très voluptueux.
Vous comprenez ? Très bien ! Allez-y ! Legrand enchaina "- Tu es là. Je ne vois pas ton visage.
Mais je sens sous mes doigts tes épaules qui frémissent : "- Vous ne sentez rien du tout ! coupa l’Abbé "
- Je le disais bien, observa Rambert, le metteur en scène "- Pourquoi ? demanda Legrand
"- Vous lui tenez les épaules comme des pommes d’escalier "-Oh ! "- II faut les pétrir, voyons, les masser doucement. Et toi, d’ Arcos, pendant qu’il parle, relève doucement la tête ; regarde-le, souris ! "On reprit ;
d’ Arcos langoureusement renversé, montrait un visage de sapeur. Il avait le poil dru et brun ; il ne s’était pas rasé depuis huit jours au moins ! "- Je ne peux pas, dit Legrand en riant : il est trop laid ! "Ils s’esclaffèrent..." (33)

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Décors de théatre Troupe sur scène   Exposition théâtrale Comédiens
En mai 1942, le camp se transportait à Arnswalde où nous allions trouver une situation très différente.
D’abord, pendant plusieurs mois, les sanctions Giraud nous ont prives de spectacles.
Et puis, nous n’avions plus de salle : il fallut en reconstruire une de toutes pièces dans un des garages adjacents
à nos casernes et qui avait été mis a notre disposition. Mais l’acoustique était loin d’être aussi bonne
et la contenance beaucoup plus faible. Grâce à nos équipes d’accessoiristes dirigées par nos architectes,
la chose fut réalisée en quelques semaines, et, à la fin des sanctions, la saison théâtrale put reprendre.
Mais les garages n’étaient pas chauffés, et lorsque l’hiver poméranien fut de nouveau là, la situation fut parfois pénible et les représentations devinrent une épreuve tant pour les acteurs dont les nécessités de la piece exigeaient parfois qu’ils fussent légèrement vêtus, que pour les spectateurs obligés de rester deux ou trois heures immobiles sur leur tabouret. II y avait, dans les combles du bloc II, une pièce disponible :
elle avait servi à quelques-unes des expositions dont nous parlerons. Elle put aussi être aménagée en petit théâtre, plus intime que la grande salle, mais chauffée. Elle devait aussi servir de salle de conférence,
et parfois de cours. Nous disposions donc de deux scènes, et comme d’autre part, le déménagement avait mélangé quelque peu les blocs et les popotes, il fut plus facile à nos metteurs en scène, selon les besoins de la pièce qu’ils montaient, de faire appel à l’un ou l’autre pour remplir le rôle désiré. Nous avons donc retrouvé nos metteurs
en scène de Gross Born : Sochal, Martinelle, Gauthier, Freche auxquels sont venus s’ajouter, après leur arrivée, ceux qui venaient de Schoken, Flamand et Guilleminaud - mais cette fois, chacun d’eux disposant d’un éventail de "vedettes" quelque peu élargi. Citons au hasard, les pièces représentées à Arnswalde : "La matrone d’Ephése", "Knock", "Le corsaire", "Le bal des voleurs", "Leocadia", "le viol de Lucrece", "Asmodée", mais surtout les deux grands succès à l’Abbe Sochal : "L’annonce faite à Marie" et "Fanny" dans lesquels nous avons applaudi
la performance de notre ami Jacques Debia qui a su interpréter de façon magistrale des rôles aussi différents
que ceux de Mara et de Fanny. Notons aussi que notre camarade Gautier avait obtenu de Jean Anouilh,
un manuscrit de son "Antigone" et qu’il a monté la pièce le 12 octobre 1944 sur la scène de notre petit théâtre, avec la collaboration de Sochal. II faut également faire mention du divertissement que nous ont donné nos camarades lyonnais grâce à qui Guignol a été présent a l’oflag IIB, présenté par notre camarade Mouisset,
auteur également d’une pièce : "Melton ou la cotte de maille" qui a été montée par Jean Ratinaud.
II faut aussi citer, de Verges, "Nuages", joué a l’automne 1944. Nous avons longuement parlé du répertoire
des metteurs en scène qui nous ont permis ces moments de détente mais il ne faut pas oublier qu’ils n’auraient
pu le faire s’ils n’avaient été aides par de remarquables équipes de décorateurs et d’accessoiristes.
Ceux-ci, à partir de rien, quelques bouts de bois, quelques morceaux de carton, quelques bouts d’étoffe, généralement sous la direction de nos architectes, ont réalisé la reconstruction d’une salle à Arnswalde
- mais surtout, tout au long de notre captivité - la fabrication des très nombreux décors exigés par l’important répertoire que l’on a énuméré. Quelques-uns de ces décors ont fait date ; pour n’en citer que deux qui ont été particulièrement applaudis : celui des Jardins de Monte Carlo, (M. Le Touhadec) et celui du Café de la Marine, (Marius et Fanny). Je crois me rappeler qu’ils étaient l’oeuvre de Crouzillard, l’architecte de la cathédrale. Quant aux costumes, eux aussi, ont souvent demandé des tours de force. Le chef de file de nos costumiers
était Fitz Lewis, couturier à Paris, ami de Jeanne Lanvin. Il avait pu obtenir de celle-ci l’envoi de quelques modèles qui, moyennant quelques petites retouches, ont superbement habillé nos vedettes féminines.
Pour le reste, la toile de paillasse a été le principal matériau qui a permis de créer beaucoup d’illusions
mais là ne s’arrêtait pas le travail des costumiers et je pense que nombre de candidats à l’évasion
leur ont dû une aide précieuse.
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Pièce en scène

Les BOYS Oflag IID - Gross-Born : « La belle marinière »
2ème accordéoniste en partant de la droite = Paul LACHAUD.


Oflag IID - Gross-Born : « La belle marinière »
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Spectacle folklorique
12 mai 1942

  Décor "Rêve d'Hawaï "La belle marinière"
Gross-Born
"Le fleuve étincelant"
Gross-Born 1941
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"Monsieur le
TROUHADEC saisi
par la débauche"
Danses bretonnes
1er mai 1942
"les Bretons" spectacle folklorique 12 mai 1942   "La bourgogne,
les chevalier du Tastevin"
spectacle folklorique
1er mai 1942

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"La Franche Comté"
1er mai 1942
"Le fleuve étincelant"
Gross-Born
Troupe du Bloc II
en 1942

  pièce de théâtre
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Pièce de théâtre "Monsieur le TROUHADEC saisi par la débauche"
Oflag IID Gross-Born

Gross-Born
La scène de théatre
  Exposition théâtrale 1941
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"La Reine s'ennuie"
programme

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CABARET RECTO CABARET VERSO Hippodrome secours nal
aout 1941 OFLAG IID

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Volpone Théâtre à l'OFLAG II D Théâtre à l'OFLAG II D

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le fleuve etincelant OFLAG IIB le petit cafe - Block I avril 1941 OFLAG IID  
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Arnswalde Oflag IIB : Juin 1943 – folklore berrichon.
Sur la scène de gauche à droite : AUDON, Paul LACHAUD, debout LELAIE, puis MALLET, ROUILLAT, COUPET.
Assis en bas de la scène : René BILLARD, Jean LIMOUSIN, Jacques DEBIA, Louis ROLLAND, Lucien AUZEAU, Edouard DUBREIL.


Arnswalde Oflag IIB : Juin 1943 danses berrichonnes.
Assis en bas de la scène :
En partant de la gauche : Louis ROLLAND
est le 5ème et Pierre ROCHAS est le 3ème.
Le 1er musicien sur l'estrade, (accordéoniste), en partant de la gauche sur la scène = Paul LACHAUD.

Gross-Born – Oflag IID : Pièce « AZAÏS » - block 1
Août 1941

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Gross-Born – Oflag IID :
Pièce « Monsieur Le Trouhadec
saisi par la débauche »
Mars 1941
Gross-Born – Oflag IID :
Pièce « Le fleuve étincelant »
Septembre 1941

Gross-Born – Oflag IID :
Pièce « La belle marinière »
Juillet 1941
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Gross-Born – Oflag IID :
Kermesse - Août 1941
Gross-Born – Oflag IID :
Pièce « La Geôle » - Janvier 1941

Gross-Born – Oflag IID :
Kermesse – 25 Août 1941
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Gross-Born – Oflag IID :
Pièce « Monsieur Le Trouhadec saisi par la débauche » - Mars 1941

« VOLPONE »

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cliquez sur l'image pour lire l'anecdote
TASTEVIN : souvenir des Bourguignons
21 janvier 1945. Il a été donné au lieutenant Paul LACHAUD et représente une reproduction d'un tastevin. Il mesure 13 millimètres de diamètre.
La fille de Paul LACHAUD, Madame Claire VETOIS, nous a fourni cette photo.

1er acteur en partant de la gauche = Paul LACHAUD.
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1er acteur en partant de la gauche = Paul LACHAUD. 2ème acteur en partant de la gauche = Paul LACHAUD.

Oflag IID de Gross-Born : la pièce "Mon bébé".
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Oflag IID de Gross-Born : la pièce Tovaritch. Oflag IID de Gross-Born : la pièce Volpone. Oflag IIB Arnswalde : nous n'avons pas connaissance du sujet de cette photo. La légende qui est au dos de cette photo est : En captivité en 1944 à Arnswalde Poméranie.